Irremplaçable Jirari…

Le jeudi 29 septembre, la chanson marocaine s’est retrouvée subitement veuve d’un de ses plus dévoués servants : Abdenbi Jirari.

La malédiction de l’homme à l’âge avancé est de voir son coeur mué en une nécropole bondée d’êtres chéris, estimés ou admirés. Le jeudi 29 septembre, la chanson marocaine s’est retrouvée subitement veuve d’un de ses plus dévoués servants, et votre serviteur orphelin éploré d’un aîné envers lequel il éprouvait une amicale tendresse et une gratitude infinie : Abdenbi Jirari. On se consolerait d’une perte tant précieuse en se disant que les élus de toute éternité, comme le grand disparu, sont voués à l’immortalité, si notre société n’était pas infligée d’une mémoire courte. En attestent les oraisons funèbres prononcées ou écrites en l’honneur de ce mort illustre. Elles tiendraient sur un timbre-poste. Piètre manifestation de reconnaissance à l’égard d’un phénix de notre musique. Sans l’abnégation de ce fils de notables slaouis, frotté dès l’enfance aux airs andalous et pianiste accompli, il est probable que la chanson marocaine moderne n’aurait pas pu émerger. En mettant sur pied, en 1945, l’Orchestre de l’union artistique rbatie, il en jette les fondations. En composant pour des jeunes pousses, telles Abdelwahab Doukkali, Abdelhadi Belkhayat ou Ismaïl  Ahmed, il en consolide les assises. En faisant découvrir, dans son émission Mawahib, des perles rares, dont Aziza Jalal, Samira Bensaïd, Rajaa Belmlih, il l’orne de parures vocales. C’est dire combien Abdenbi Jirari est irremplaçable.