Investissement : agir sur la demande pour une relance durable

Non seulement il faut une demande forte, mais il faut qu’elle soit durable.
L’activité ayant été erratique,
les entreprises n’osent plus investir, même si la demande reprend
momentanément.
L’incertitude est une cause importante de sous-investissement.

L’investissement est un grand déterminant de la croissance et de l’emploi. Son intensité et sa qualité exercent une influence décisive sur la capacité de réaction de l’économie face aux changements de l’environnement mondial. Or, on ne cesse de répéter que le taux d’investissement demeure insuffisant pour soutenir une croissance forte et durable. Il est vrai qu’au cours de cette dernière décennie, on a assisté à un déclin de ce taux. Il est inquiétant de constater que l’appareil productif national vieillit alors que plusieurs de ses concurrents se modernisent. Ce retard, s’il se maintient, risque d’être un facteur de stagnation de l’économie nationale. Comment expliquer cette situation alors que les banques regorgent de liquidités ?
L’idée communément partagée est que le niveau élevé des taux d’intérêt handicape le processus de formation de l’investissement. Cette appréciation est à nuancer. Les taux ont connu une certaine décrue. Leurs niveaux sont plus sensibles pour les PME. On évoque aussi l’insuffisance des résultats d’exploitation. Nombreux sont les industriels qui déclarent ne pas pouvoir réaliser les investissements nécessaires en raison de l’insuffisance des marges d’autofinancement. Les rares statistiques fiscales disponibles montrent que moins de la moitié des entreprises ont des bénéfices imposables. De plus, près de la moitié des entreprises bénéficiaires déclarent avoir payé des montants limités. L’autre obstacle mentionné est l’hésitation à s’endetter. Les dossiers bancaires indiquent que la plupart des emprunteurs sont surendettés. Plus que le taux de rentabilité présent, ce sont les perspectives d’évolution de la demande qui pèsent sur l’investissement. Un bonne année agricole ne suffit pas pour garantir une demande soutenue.
Les entreprises escomptent de leurs dépenses des profits futurs. Faute d’un horizon clair, elles se contentent souvent de rationaliser la production en ne réalisant que les investissements rendus indispensables du fait de l’usure des équipements. Tant que les carnets de commandes ne se regarniront pas, l’investissement ne repartira pas réellement. Divers indicateurs montrent que les entreprises marocaines attendent une reprise soutenue de l’activité. Même les entrepreneurs qui bénéficient de bonnes conditions de financement et de profitabilité n’ont pas encore les anticipations de demande suffisamment fortes pour intensifier significativement leurs efforts d’investissement. Non seulement il faut une demande forte, mais il faut qu’elle soit durable. L’activité ayant été erratique, les entreprises n’osent plus investir, même si la demande reprend momentanément. L’incertitude est une cause importante de sous-investissement. Chat échaudé craint l’eau froide. Pour qu’un véritable cycle d’investissement s’enclenche, il faut que le climat soit vraiment jugé favorable. Des mesures de relance ponctuelles ne peuvent pas contribuer à la réduction des incertitudes sur les débouchés et ne feraient pas redémarrer l’investissement. Que faire ? On n’a jamais vu de reprise autonome de l’investissement sans demande. Si ce relais ne se fait pas, alors la reprise ne durera pas. Faut-il croire à une relance venue de l’extérieur, au moins dans un premier temps? L’ajustement de la parité du dirham peut-elle faire redémarrer l’investissement ? Cela ne suffira sans doute pas. D’autre part, en l’état structurel des comptes publics, il semble difficile à l’Etat d’initier seul le mouvement de relance de la machine. Les recettes exceptionnelles impulsent un élan conjoncturel, elles ne peuvent se métamorphoser en un levier d’action permanent. Faut-il donc sacrifier un peu de la part des profits en faveur des salaires, qui relanceront la consommation et donc l’investissement ?
Dans une conjoncture de faible retour sur l’investissement initial, une compression encore plus forte des profits aurait un effet inverse. Il faut donc agir dans la nuance dans un contexte qui reste incertain. Une piste à emprunter: une réflexion sur la répartition et la redistribution des revenus. Une piste insuffisamment défrichée mais qui peut ouvrir la voie à des actions en profondeur