Internet : encouragement

La condition pour le développement des sites internet nationaux comme moyen
de communication pour les annonceurs est la connaissance du nombre d’internautes
potentiels, qui constituent leur cible. Il est urgent de rectifier le tir et de
publier des statistiques fiables si l’on ne veut pas tuer les sites internet
dans l’œuf.

L’Agence nationale de la réglementation des télécommunications (ANRT) est dans le collimateur des entreprises communiquant sur le média internet, mais vraisemblablement aussi des acteurs gouvernementaux qui font de leur mieux pour promouvoir cette technologie.
Le lancement en 2004 de l’offre ADSL, soutenue par une volonté du gouvernement de doper ce secteur, et dynamisée par des tarifs de plus en plus attractifs consentis par l’opérateur historique, n’a finalement été qu’un pavé dans la mare. Ceci quant au nombre d’abonnés, tandis que celui des surfeurs du Net ne cesse de s’accroître.
En effet, si le rythme des abonnements ADSL s’est accéléré, puis ralenti, c’est qu’il ne s’agissait en fait que de reconversion des accès téléphoniques classiques (RTC) : celle des particuliers aisés qui avaient déjà accès à l’internet, et celle des PME (y compris les cyber) qui y percevaient une réduction des coûts. Et pour cause : l’ADSL illimité à 128Ko est encore à 200 DH par mois, tandis que, pour le même prix, sur les chaînes satellitaires, le matraquage publicitaire est ahurissant : AOL propose 5Mo à 23 euros, NEUF propose pour 20 euros un package comprenant 8Mo + téléphone illimité + le bouquet Canal+ !!!
Ajoutez à cela que le prix d’un PC n’est pas encore accessible à tous (on se souvient de l’offre Jospin en France, qui avait facilité en masse l’introduction des PC dans les foyers …), et vous comprendrez que le citoyen marocain, qui n’est pas dupe, préfère encore surfer dans un cyber ou sur son lieu de travail .
On pourrait toutefois s’accommoder d’un marché à deux vitesses, comme c’est souvent le cas dans les pays émergents : celui des abonnements et celui des internautes. Mais c’est là qu’intervient le communiqué maladroit de l’ANRT qui, malgré un souci louable de transparence, a rendu toutefois inexploitable les mesures d’audience de ce média par le biais de ses statistiques.
Car en effet, un des moteurs de la progression de l’internet, c’est le développement des sites internet nationaux. Or ces derniers n’ont d’intérêt existentiel qu’à travers leur audience, comme tout média. Imaginez maintenant l’annonceur (dans le sens large) qui souhaite communiquer sur ce média et tombe sur les chiffres communiqués par l’ANRT au quatrième trimestre 2004 :
«102 610 abonnés». L’amalgame est possible entre le nombre d’abonnés et le potentiel d’internautes, c’est à dire sa cible. C’est un peu comme si, pour estimer le nombre de personnes physiques qui se déplacent au Maroc, on donnait le nombre de véhicules de transport national, qui est nettement inférieur….
L’ANRT aura beau expliquer en filigrane : «Il est à préciser que le parc des utilisateurs des accès ‘internet sans abonnement’ n’est pas comptabilisé dans le parc total», l’explication est trop technique et le mal est déjà fait. L’inadéquation est alors flagrante entre le discours du promoteur d’un site, qui s’appuie sur les visites nationales enregistrées techniquement, et la compréhension de l’impact de ce média par certains annonceurs. La faute n’en revient pas entièrement à l’ANRT. L’agence pourrait effectivement rectifier le tir en donnant une estimation de l’effectif des internautes, en déterminant la moyenne des salariés ayant accès à l’internet par entreprise connectée, ou la fréquentation moyenne des cyber. Mais cela ne relève sans doute pas de sa compétence que d’établir une estimation statistique comportementale. Et c’est regrettable, car on pourrait découvrir alors qu’au moins un million de Marocains surfent sur le Net à travers ces 100 000 abonnements.
Valeur aujourd’hui, l’annonceur n’a toujours pas de statistiques officielles nationales de l’utilisation d’internet au Maroc, les sites internet nationaux, déjà fébriles, sont tués dans l’œuf, et l’on se dirige tout droit vers le même phénomène que dans l’audiovisuel : les chaînes satellitaires étrangères ont, depuis longtemps, pris le pas sur les télévisions locales.