Inquiétant déficit commercial

le Maroc est dans une situation d’absence d’expertise sur les questions de négociations commerciales internationales, à  l’exception de quelques compétences isolées. Seul
le domaine agricole est partiellement couvert.

Le commerce extérieur dégage un déficit inquiétant. Un déficit révélateur des faiblesses de notre économie. D’abord les faits. Les chiffres de septembre venant de paraître, nous avons presque une vue d’ensemble pour l’année 2009. Le solde négatif atteint 109 milliards de dirhams. Il est plus réduit par rapport à l’année dernière, mais il n’en demeure pas moins élevé. Plus inquiétante est la tendance des dernières années, qui semble traduire une dégradation impressionnante de nos résultats. Les exportations peinent à trouver un élan durable. Les importations creusent le fossé de nos comptes. A priori, la progression des unes et des autres ne fait que traduire le phénomène de mondialisation : le Maroc n’a pas échappé à ce grand mouvement d’internationalisation des échanges et il est normal que nos exportations et nos importations progressent. Là où on peut commencer à se poser des questions, c’est lorsqu’on voit que nos ventes à l’étranger progressent nettement moins que nos achats. Il doit bien y avoir quelques problèmes de compétitivité. S’il faut donc relativiser l’importance de notre déficit extérieur, il n’en reste pas moins nécessaire d’en tirer les leçons. Certaines causes de cette dégradation sont exogènes, d’autres nous sont propres.
Or on cherche à expliquer, dans les milieux gouvernementaux, notre déficit par la hausse du prix du pétrole, qui a effectivement progressé. Le creusement du déficit n’est imputable que pour partie à la facture énergétique. Et jusqu’à preuve du contraire des concurrents ou des partenaires importent autant de pétrole que nous et au même prix, et cela ne les a pas empêchés de dégager des excédents extérieurs. Il faut donc chercher d’autres explications. On évoque les acquisitions des biens d’équipement,  qui seraient le signe d’une bonne santé de l’investissement et de la croissance. Une lecture d’un verre à demi plein : notre offre de ce type de produits est quasiment nulle. On met en avant le poids des importations et donc de notre déficit venant des pays émergents et en particulier de la Chine. Mais on oublie un peu vite que notre principal déficit vient de l’UE et non de la Chine. Et que dire de la dégradation de nos parts de marché mondial de l’UE en quinze ans ? Nos autres déficits viennent des Etats-Unis mais aussi de la Turquie, de l’Egypte, de la Tunisie, de pays comparables à nous et pour lesquels notre faiblesse ne s’explique que par une insuffisance de compétitivité.
On considère que notre politique économique est tournée vers la consommation considérée, à tort, comme le principal moteur de notre économie. Et que la consommation marocaine se porte par priorité sur les produits étrangers, meilleur marché. Tant mieux pour le consommateur, mais tant pis pour nos entreprises, nos emplois et notre croissance, qui ne bénéficient pas de ce surcroît de consommation. Mais, dans le même temps, nous n’avons pas envie de nous lamenter avec tant d’autres, qui y voient prétexte à un discours anti-mondialisation : nous voilà «envahis» par les produits étrangers ! Après tout, si les ménages consomment plus qu’ils ne produisent et qu’ils bénéficient de produits de meilleure qualité ou à moindre prix, qui s’en plaindrait ?  
En réalité, ce n’est pas le déficit en soi qui est dramatique, mais ce qu’il révèle de notre faiblesse à défendre les intérêts de nos entreprises dans un univers ouvert où la concurrence n’est pas toujours loyale. Le Maroc a adopté une politique de croissance axée sur l’ouverture, si bien que les performances de son économie sont de plus en plus tributaires du commerce extérieur. Il a signé les Accords de libre-échange dans le souci de permettre à ses entreprises de commercer avec d’autres sur des bases justes et équitables. Parmi les règles stipulées par les accords, certaines ont une importance primordiale, notamment celles concernant l’évaluation des marchandises à des fins commerciales, l’utilisation des droits compensateurs et antidumping, les mesures de sauvegarde appliquées à des fins de développement économiques. Les ALE donnent à l’administration marocaine le droit de défendre les intérêts des entreprises nationales sur le marché intérieur et extérieur contre les comportements restrictifs ou perturbateurs et les pratiques commerciales déloyales. Le Maroc est tenu d’harmoniser sa législation commerciale sur la base de ces règles, s’il souhaite renforcer l’aptitude de son administration à mobiliser un système de défense commerciale légal et codifié par l’OMC. La capacité des entreprises à tirer le meilleur parti de ces accords dépend de leur compréhension de ces règles dans le détail. Tout un travail collectif à entreprendre pour régler les différends commerciaux et  contrecarrer les préjudices portés à notre tissu productif. Par ailleurs, le Maroc est dans une situation d’absence d’expertise sur les questions de négociations commerciales internationales, à l’exception de quelques compétences isolées. Seul le domaine agricole est partiellement couvert. Les efforts réalisés par le CNPE ont permis de doter le Maroc d’outils et de bases de données aux standards d’exigence internationaux. Ces efforts ne doivent pas masquer la précarité de l’expertise marocaine. La mise à jour des bases de données, les avancées méthodologiques sur les modèles existants ou à construire permettant de rester un interlocuteur crédible au niveau international, tout ceci est coûteux et nécessite des moyens, tant humains que financiers.