Indignés de la première heure

Dans son florilège des beaux livres à  offrir, «Le Monde» du vendredi 16 décembre accorde une place de choix à  l’ouvrage collectif Nass el Ghiwane (Senso Unico/Sirocco, 2011).

Dans son florilège des beaux livres à offrir, «Le Monde» du vendredi 16 décembre accorde une place de choix à l’ouvrage collectif Nass el Ghiwane (Senso Unico/Sirocco, 2011). A juste titre. Le livre enchante par sa facture plastique autant qu’il passionne par sa reconstitution fort documentée de l’odyssée de ce groupe unique. Un mot le résume, celui, aujourd’hui très galvaudé, d’indignation. Et le commencement de son histoire vient nous rappeler que ce cri de l’âme n’est pas une invention récente. A la veille des seventies fécondes, moment que choisit Nass el Ghiwane pour investir les ondes et les cathodes, aucun opus dans la veine pacifiquement insurrectionnelle d’«Indignez-vous» de Stéphane Hessel n’était paru, nul marchand de fruits et de légumes ne s’est immolé par le feu de sorte que les artères des villes s’embrasent, il y avait juste des individus qui se brûlaient afin d’éclairer la nuit. Peintres et écrivains exprimaient leur indignation à travers actes et écrits, pendant que les chanteurs se confinaient allègrement dans la guimauve. Le groupe Nass el Ghiwane est venu secouer le cocotier. Son indignation jaillit spontanément. Elle ne prenait aucune couleur idéologique, ce qui lui donne encore et toujours son prix, car elle ne vise rien d’autre qu’à rendre au citoyen sa dignité. Ce dont bien des indignés Kleenex feraient mieux de prendre l’exemple.