Increvable racisme

Le Salon international de l’édition et du livre, cuvée 2013, a une bonne mémoire. A preuve, le lundi 1er avril, il s’est souvenu qu’il y a trente ans, une marche contre le racisme a traversé la France.

Le Salon international de l’édition et du livre, cuvée 2013, a une bonne mémoire. A preuve, le lundi 1er avril, il s’est souvenu qu’il y a trente ans, une marche contre le racisme a traversé la France. Pour quels fruits ? Pour des prunes, comme dirait la chanson, devrait-on admettre avec les éminents intervenants à cette rencontre déceptive qui semblait atterrée d’observer que le racisme n’a pas reculé depuis la démonstration de solidarité avec ses proies, mais, au contraire, il a pris du poil de la bête, ainsi que l’atteste la montée en puissance du fascisme dans les pays européens accueillant des immigrés. Le discours «racialiste» est redevenu audible. Car cette pestilence possède le don démoniaque de réapparaître quand on la croit évanouie, sous multiples masques. Le plus ingénieux a été, sans conteste, le «différencialisme», mis en avant par la nouvelle droite française au tournant des années 1970. Se présentant sous les couleurs d’un antiracisme, il postulait une hétérogénéité radicale entre les cultures. Aussi, ses tenants affirmaient-ils que pour préserver les différences intercommunautaires il importait d’anéantir le métissage. Guillaume Faye, un des doctrinaires du différentialisme, écrivait : «Pour aller jusqu’au bout du droit à la différence, il convient de refuser la société multiraciale et, avec les immigrés, envisager leur retour au pays». D’évidence, cet antiracisme déguisait un néoracisme. C’est pour cette raison qu’il connut une longue période de reflux, avant de réémerger grâce aux partis racistes soucieux de donner le change, tel le Front national dirigé par une Marie le Pen si assoiffée d’honorabilité.