Immigration choisie ou co-développement ?

Les politiques de l’immigration choisie ou des quotas
sont-elles appropriées et souhaitables ? Non !
Parce qu’elles sont discriminatoires et ne servent
que les intérêts des pays du Nord.

La question des migrations des pays du sud vers le nord est un phénomène avec lequel il faudra compter encore longtemps. Le problème des relations entre les deux rives n’est donc plus, s’il l’a jamais été, celui de substituer des échanges de biens et services ou même de transfert de capitaux à  l’immigration. D’o๠la nécessité de développer une politique appropriée et mutuellement acceptée à  cet effet dans une vision permettant de définir des engagements communs pour la régulation des flux migratoires et la protection des droits économiques, sociaux et culturels des travailleurs migrants.
Le débat est ouvert. Il est difficile, mais nécessaire. Difficile car la France et les Etats européens sont très réticents à  accéder à  la quatrième liberté, celle des mouvements de personnes -citée dans la «politique européenne de voisinage»- alors qu’ils sont pressés de réaliser les autres libertés comme le commerce des biens et services et des capitaux. Les réactions compréhensibles suscitées au sud de la Méditerranée sur la politique de la migration choisie soulignent également la sensibilité du sujet. Nécessaire parce qu’il est impératif d’anticiper les conséquences d’une attitude rigide, frileuse de la fermeture des frontières aux échanges humains sur les autres aspects et dimensions des relations bilatérales ou multilatérales.
La politique migratoire pratiquée par certains pays de l’Union européenne en matière d’immigration économique est relativement diversifiée : les procédés de sélection des travailleurs (système de points…) et les politiques des quotas ou de limitations numériques menées par l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni ou l’Autriche sont aussi riches d’enseignement. La France doit profiter de l’expérience de ses partenaires même si l’on convient que les «meilleures pratiques» ne peuvent être simplement transposées, car l’efficacité d’une politique migratoire donnée dépend largement de son contexte économique, social, historique.
La politique de l’immigration choisie nous interpelle sur quatre questions essentielles. La France a-t-elle besoin de recourir aux migrations économiques pour faire face à  ses besoins de main-d’Å“uvre ? Oui ! le vieillissement démographique accroà®t les difficultés de recrutement d’ores et déjà  observées dans certains secteurs et pas des moindres : les indicateurs de tensions sont particulièrement élevés dans des activités comme l’informatique, les banques, les assurances, les ingénieurs de l’industrie, l’hôtellerie, l’agriculture…. Ces difficultés exigent un assouplissement de la restriction à  la liberté de circulation. Les politiques de l’immigration choisie ou des quotas sont-elles appropriées et souhaitables ? Non ! parce qu’elles sont discriminatoires et ne servent que les intérêts des pays du Nord. La France est bien placée pour attirer ou conserver la main-d’Å“uvre qualifiée et les compétences des pays du sud dans des filières diverses. Le nombre d’étudiants étrangers en France augmente rapidement. L’impact de cette tendance sur les pays d’origine est discutable. Faut-il traiter le dossier de l’immigration dans les enceintes de l’UE ? Oui et non ! Certes, une harmonisation de la politique communautaire dans ce domaine est nécessaire. Mais nous savons que la compétence de l’UE dans ce domaine est limitée et qu’un accord est difficile compte tenu de la règles de l’unanimité. L’harmonisation s’impose mais on ne peut espérer l’adoption d’un texte positif dans un proche avenir. Comment redéfinir la coopération entre la France et le Maroc es pays d’origine et de transit en matière de migration ? Deux réponses, l’une à  court terme et l’autre en profondeur pour gérer de façon souple et efficace la migration de travail entre les deux pays. En urgence, il est nécessaire d’accélérer et rendre plus transparente l’instruction des demandes de travail pour les ressortissants marocains, de simplifier les démarches de visa pour les séjours des professionnels (que de dirigeants d’entreprises marocaines, d’universitaires, de cadres se plaignent du mode de traitement de leur demande des contrôles fastidieux), de mettre en place des structures bilatérales pour organiser le séjour de migrants temporaires.
En profondeur, il faudrait agir pour promouvoir une politique de co-développement. Les émigrés représentent un potentiel qui peut être valorisé en vue du développement des pays d’origine. Deux objectifs. Le premier serait de permettre aux membres qualifiés des diasporas de circuler librement entre les deux pays et de nouer des partenariats avec les institutions qui les emploient en France et des institutions homologues dans leur pays d’origine. Il s’agit non seulement de compenser en partie les effets négatifs de la «fuite des cerveaux» mais aussi de déboucher sur un nouveau mode de relation, orientée vers le bénéfice mutuel. Le second serait de définir un cadre d’éthique favorisant les échanges de cerveaux (brain circulation), le traitement avec discernement des recrutements des ressources humaines qualifiées limitées et le couplage de la politique migratoire à  celle de la formation notamment dans les secteurs et qualifications recherchées dans la France. Le co-développement ainsi conçu peut contribuer à  organiser la «circulation des cerveaux» et des personnes et permettre de renouveler de manière positive la problématique habituelle de la migration.