Illusions nostalgiques

Une curiosité m’intrigue, celle qui tient dans l’idéalisation du passé, de la douceur de vivre, à  l’heure de laquelle les horloges semblent arrêtées.

Une curiosité m’intrigue, celle qui tient dans l’idéalisation du passé, le temps de l’âge d’or, de la douceur de vivre, à l’heure de laquelle les horloges semblent arrêtées. Tout se passe comme si le nouvel ébranlement de la société avait fait surgir un frémissement d’émotion nostalgique pour l’époque d’avant. «Le temps d’avant» : l’expression suggère à la fois un horizon géographique familier à l’œil, la sécurité réconfortante des murs, des rues, du quartier, la pérennité d’un rythme de vie, l’intimité d’un groupe social solidaire. Bref, l’image d’une harmonie transformée en légende et qu’on voudrait d’autant plus préserver que le présent la détricote, avant que l’avenir l’oublie. Nous ne manquions de rien, le dirham coulait à flots, il y avait le «kheir» et la «baraka», nos athlètes s’illustraient, nos footballeurs raflaient la vedette, les gens lisaient à satiété, le sentiment n’était pas un vain mot… Comme cette musique de paradis perdu est douce à nos sens transis ! Reste que le tableau esquissé s’en trouve partiellement authentique. Nul n’en est dupe.
Cependant, l’on aime à en entonner cet air, en sorte que l’on ne se projette pas dans le devenir. Nous avons tellement peur de vouloir que nous préférons nous bercer d’illusions sur le passé plutôt qu’être maîtres de notre destin.