Il ne suffit pas de légiférer…

Que se passera-t-il quand le temps deviendra compté et contrôlé ? Qu’adviendra-t-il en cas de conflit majeur? Si une employée accuse son patron d’avoir essayé d’abuser d’elle, alors qu’ils étaient seuls à la maison, qui croire, partant du principe : parole contre parole ? Si c’est l’employeur qui accuse son personnel de vol, comment prouver que le délit a bien eu lieu ? Comment établir avec exactitude la durée du temps de travail effectué, et les tâches accomplies ?

L’arsenal législatif s’est renforcé au Maroc. En effet, la loi sur le travail domestique et celle destinée à lutter contre le harcèlement sexuel. Légiférer, c’est bien : cela montre que les institutions travaillent. Mais pouvoir suivre de manière efficace et réaliste l’application de ces mêmes textes, risque de se révéler plus ardu que l’on n’y pense. Commençons par la loi concernant le travail domestique, qui représente une avancée réelle pour le pays…mais qui risque de créer presque autant de problèmes qu’elle n’est censée régler. Ainsi donc, comme tous les salariés, le personnel de maison devra respecter un quota horaire bien déterminé, à savoir huit heures par jour. Et quand le maître de maison, rentrant du travail à 21 heures après une journée de travail bien remplie, demandera à dîner, il s’entendra répondre gentiment: «Désolé, Monsieur, j’ai épuisé mon quota horaire ; ayant démarré ma journée à 7 heures du matin, pour le départ des enfants à l’école, puis le café de Madame, mon temps légal de travail s’achève donc à 15 heures». Bonjour l’ambiance ! Les exemples de dysfonctionnements ou de blocages seraient donc très nombreux, sachant qu’au Maroc le travail domestique est perçu, en général, d’une façon très personnelle, voire intime. En effet, dans la majorité des cas, employeurs et employés vivent ensemble, ce qui forcément crée des liens, autres que ceux créés dans d’autres domaines de travail.

Quand les employeurs sont absents, leurs employés ont à disposition une vaste demeure, ou un grand appartement ; une fois les tâches ménagères routinières et quotidiennes effectuées, le reste du temps est libre. Certains employés en profitent, qui pour suivre des cours d’alphabétisation, qui pour passer un permis de conduire, ou encore une autre formation professionnelle. Le tout se passant à la bonne franquette, tout le monde y trouve son compte. Que se passera-t-il quand le temps deviendra compté et contrôlé ? Qu’adviendra-t-il en cas de conflit majeur ? Si une employée accuse son patron d’avoir essayé d’abuser d’elle, alors qu’ils étaient seuls à la maison, qui croire, partant du principe : parole contre parole ? Si c’est l’employeur qui accuse son personnel de vol, comment prouver que le délit a bien eu lieu ? Comment établir avec exactitude la durée du temps de travail effectué, et les tâches accomplies? Faudra-t-il installer des machines à pointer dans chaque foyer marocain? Le travail dit domestique existe au Maroc depuis des siècles, et est parfaitement intégré dans la société marocaine, sans qu’il n’ait jamais eu besoin de le codifier. Ce faisant, il est probable que cela créera plus de tensions et de problèmes qu’il n’en réglera. Et, autant cela peut se comprendre, en instaurant un âge légal pour travailler, autant cela peut aller au détriment des embauches, les parties hésitant dorénavant à s’engager par écrit, pour quelque chose qui a toujours fonctionné dans l’informel.

Passons maintenant à la loi 103/13, concernant le harcèlement sexuel. Le problème sera quelque peu similaire en cette matière, car tout dépend de la perception des choses qu’auront les parties en conflit. Appeler six fois de suite sa secrétaire ou son adjointe pour des tâches bureaucratiques basiques, comme des photocopies, sera-t-il un jour considéré comme un harcèlement sexuel, ou sera-t-il perçu comme un comportement conforme aux exigences du service? La nature humaine est ainsi faite, question rapports hommes/femmes, qui a donné naissance à ce que l’on nomme communément le jeu de la séduction. Les femmes se font belles, attirantes et séduisantes…pour (entres autres, entendons nous bien) attirer le regard masculin. Cela fonctionne ainsi depuis Cléopâtre. Quel sera le fin juriste qui pourra tracer avec précision la ligne séparant la séduction du harcèlement. Comment établira-t-on la preuve du délit, ce genre d’événements concernant d’habitude deux personnes, et n’a pas vocation à être rendu public ? Les spécialistes, tant en droit, qu’en sciences du comportement, ont assurément de beaux jours devant eux !