Il faut sauver l’étudiant Ezedine Erroussi

La grève de la faim de ce jeune homme montre combien le seuil de tolérance à  l’arbitraire et à  l’injustice s’est brutalement rabaissé chez les jeunes marocains. Ce qui pouvait être supporté hier ne l’est plus aujourd’hui. C’est là  un témoignage supplémentaire du changement profond intervenu sur la scène marocaine, comme arabe d’une manière générale.Il devient urgent de comprendre qu’une transformation profonde du système est attendue.

Vingt jours après son arrestation, Ezedine Erroussi, étudiant à l’université de Taza, a commencé une grève de la faim. Il entendait ainsi protester contre sa détention, intervenue alors qu’il dénonçait avec d’autres camarades les conditions de vie à la cité universitaire. Depuis le 19 décembre dernier, le jeune homme ne s’alimente plus. Son état est à présent critique. Ses proches, de même que l’AMDH, tirent la sonnette d’alarme. «Si rien n’est fait dans les jours qui viennent, Ezedine Erroussi risque de mourir», a ainsi déclaré à l’AFP, le 22 février dernier, Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits de l’homme. Même affirmation du côté du père du jeune homme. «J’ai vu mon fils lundi dernier (20 février) et je peux vous dire qu’il est en danger de mort». Driss Eroussi a fait part de la visite effectuée à Ezedine par le procureur du Roi. Ce dernier aurait demandé à l’étudiant d’arrêter sa grève et de signer un document pour une grâce royale. Mais le jeune homme aurait refusé.
La grève de la faim est une arme à laquelle les prisonniers d’opinion au Maroc ont, en désespoir de cause, souvent eu recours. Dans les années 70, le cas d’Ezedine et bien pire était monnaie courante. Mais c’était alors les années de plomb. Avoir aujourd’hui un jeune étudiant dans pareille situation est angoissant. Angoissant par les souvenirs qu’il réveille, angoissant du fait de l’état dans lequel se trouve ce garçon mais angoissant également parce qu’on espérait en avoir fini avec ce type d’histoire. Dans le cas présent, ce qui interpelle toutefois en premier, c’est l’apparente disproportion entre la peine dénoncée et la gravité du risque encouru. Voilà en effet quelqu’un qui prend le risque de mourir (ou, sans en arriver jusque-là, de conserver des séquelles graves)  pour une condamnation somme toute légère. Quatre mois de prison, cela reste quatre mois de prison, quel que soit le degré d’injustice de la sentence prononcée. Dans le même temps, le radicalisme de ce jeune homme, prêt à tout, même à mourir parce qu’il s’estime objet d’arbitraire est révélateur de l’état d’esprit de toute une frange de la jeunesse marocaine. L’arrestation de Ezedine Erroussi, ainsi que de quatre autres étudiants, s’est déroulée au sein de la faculté de Taza. Or cette ville a été, en ce début d’année, le théâtre de troubles graves, fruit de tensions sociales sur fond de chômage et de pauvreté. Ezeddine et ses camarades ont été arrêtés en décembre, avant donc qu’il n’y ait eu jonction entre les étudiants et les diplômés chômeurs et que la situation ne dégénère fin janvier/début février à l’échelle de l’ensemble de la ville. Militant de gauche et membre de l’Unem, Ezedine aurait été arrêté, selon ses défenseurs, en raison de ses activités syndicales et politiques. La décision d’entamer une grève de la faim et de la poursuivre aussi longtemps (près de 70 jours) constitue un acte extrême. Plus que des faits objectifs en eux-mêmes, celui-ci traduit, dans le contexte présent, le degré de révolte et de désespoir atteint par son auteur, à l’image de tant d’autres de ses semblables. Il y a, en effet, quelque chose de proprement suicidaire dans cette démarche. Même si l’acte se veut politique, on ne peut s’empêcher de faire le lien entre cette grève de la faim et cette série d’immolations par le feu, manquées ou réussies, qui sont intervenues depuis que l’exemple en a été donné en Tunisie par Mohamed Bouazizi, ce vendeur de légumes dont la mort a constitué le déclencheur de la révolution tunisienne. Le refus de Ezedine de demander la grâce royale montre combien le jeune étudiant est déterminé, combien il est dans l’inacceptation totale et absolue du sort qui lui est fait. Que sa condamnation n’ait été que de quelques mois ne change rien à la donne. C’est le principe de celle-ci qui est dénoncé, le fait qu’elle ait eu lieu. La grève de la faim de ce jeune homme montre combien le seuil de tolérance à l’arbitraire et à l’injustice s’est brutalement rabaissé chez les jeunes marocains. Ce qui pouvait être supporté hier ne l’est plus aujourd’hui. C’est là un témoignage supplémentaire du changement profond intervenu sur la scène marocaine, comme arabe d’une manière générale.Il devient urgent de comprendre qu’une transformation profonde du système est attendue. Est nécessaire. Pas juste un ravalement de façade. En attendant, il faut sauver l’étudiant Erroussi.