Il est plus facile de se marier que de divorcer

On s’aime, on se marie ; on ne s’aime plus, on divorce. Facile, n’est-ce pas, présenté ainsi ? Mais comme souvent, dans la pratique, les choses sont toujours moins faciles.

On découvre brusquement les aléas des procédures judiciaires, les obligations d’assister à des audiences, la confrontation souvent difficile avec celui (ou celle) avec qui on vivait le parfait amour. Le plus difficile n’est pas là, mais dans le fait que la vie d’une personne soit décortiquée, et sans précautions particulières. Par exemple, lorsque le magistrat décide de convoquer les deux époux dans son cabinet, c’est d’abord pour tenter une conciliation, essayer de recoller les morceaux, en faisant preuve de doigté et de souplesse.

Hélas, il faut le reconnaître, ces tentatives n’aboutissent pas en général, car les divergences paraissent trop importantes. Ce qui donne lieu à une ambiance particulière lors des séances où des dossiers de divorce sont enrôlés. Les deux futurs ex ne s’adressent pas la parole, ce sont leurs conseils qui s’expriment…mais ils ne se lancent pas moins des regards incendiaires. Et à observer la scène, on se surprend à penser qu’il y a encore peu de temps, ces deux personnes vivaient ensemble, voyageaient, partageaient des repas, des souvenirs en commun ou avaient des projets pour l’avenir. Fini tout ça, maintenant c’est la justice qui pointe son regard inquisiteur sur une vie banale et ordinaire. Dans ces dossiers, la première question qui intéresse le juge, au-delà du conflit opposant deux personnes, est de savoir si ce couple a des enfants, leur nombre et leur âge. Car souvent, le public ignore cette facette méconnue des juges chargés des affaires matrimoniales : ils sont aussi juges au social, en ce sens qu’ils doivent intégrer tous les paramètres avant de trancher. Et c’est humainement très complexe, car avec des textes de loi précis, froids et rigoureux, le juge a peu d’alternatives, mais il doit trancher, notamment en ce qui concerne la garde des enfants, leur lieu de résidence, fixer les dates et horaires des visites, se préoccuper de leur scolarité. Et pour pouvoir trancher, il n’hésite pas à entrer dans le vif du sujet, ce qui en surprend plus d’un. Par exemple, dans un dossier en divorce intenté par une épouse, le juge exigea que le mari produise une attestation justifiant de ses revenus, par exemple une fiche de paie ou un contrat de travail mentionnant ses rétributions; il peut même demander une attestation fiscale, le montant des impôts acquittés pouvant donner une indication sur le montant réel des revenus. Car certains maris essayent toujours de minorer, ou de dissimuler certains aspects pour éviter d’avoir une pension trop lourde à payer mensuellement. Toutefois, il faut admettre que le système judiciaire dans son ensemble n’est pas très performant sur les dossiers en divorce. En effet, les sommes allouées en guise de pensions alimentaires demeurent outrageusement basses. A une divorcée ayant la garde de deux enfants mineurs, il n’est pas rare de voir attribuer des sommes entre… 750 et 1 500 DH par mois. On se demande alors dans quel monde vit le juge, car pareils montants sont notoirement insuffisants pour toutes les dépenses prévisibles, entre scolarisation, habillement, alimentation, santé, transports ou autres   frais divers. Et donc parmi les changements espérés pour l’année 2016, il serait raisonnable que les  autorités concernées pensent à revaloriser à la hausse les différentes allocations allouées à l’épouse en cas de divorce, en essayant de mettre en place un système d’indexation de ces montants, par rapport au niveau réel de la vie quotidienne. Bien des citoyennes attendent cette réforme avec impatience qui changerait radicalement le cours de leur vie, et constituerait une avancée sociale importante pour les droits des femmes.

Et pour finir, souhaitons une bonne et heureuse année 2016 à tous les fidèles lecteurs de La Vie éco, en espérant qu’elle soit bénéfique et prospère pour tous.