Hommage à  deux grandes dames

Face à la laideur dont nous abreuvent
les médias, on se cherche des figures positives dans lesquelles se projeter.

Et, miracle, on en trouve. Curieusement, du côté des femmes !

Il est des jours où l’on se retrouve l’âme triste et le cœur en bandoulière, où l’on n’en peut plus. De cette époque désertée par le rêve, où l’égoïsme se revendique comme valeur. Sur la tombe des idéaux d’antan ont poussé des fleurs flamboyantes mais vénéneuses. Il n’y a plus de place pour les états d’âme et le credo de l’heure veut que l’on ne pense plus qu’en fonction de soi. Si l’autre en pâtit, tant pis pour lui, c’est un imbécile. Certes, rien n’est plus foncièrement humain que l’égoïsme mais ne nous a-t-on pas enseigné, dès notre plus jeune âge, à mener en permanence la bataille intérieure pour le circonscrire ? Pftt ! vous dira-t-on, depuis que le monde est monde, l’intérêt guide les hommes et cet aiguillon-là leur est indispensable pour avancer et réussir!
Réussir, nous y voilà. Et on oublie que ce qui fait l’homme, c’est aussi sa capacité à transcender ses intérêts primaires au profit de ceux de la collectivité, de ce bien public dont la préservation lui permet de vivre aux côtés de l’autre et de parfaire ainsi son humanité. C’est d’avoir perdu ce sens qui nous fait avancer comme des bateaux ivres perdus dans la brume.
La chute du Mur de Berlin a signé la fin du communisme et, avec lui, la mort des utopies du siècle passé. Le concept d’engagement en a fait les frais. Hier objet de respect et de considération, il inspire aujourd’hui souvent commisération. Pourtant, quand la cause est belle, il n’y a pas plus beau mot que celui-là ! Et combien aujourd’hui le besoin est immense de ces êtres généreux. Heureusement pour nous, il en est encore. Et quoiqu’il puisse paraître à première vue, les engagements demeurent, malgré les coups de boutoir de l’égoïsme. Ils ont juste glissé du politique à l’humanitaire. Ainsi en est-il de ces vaillants petits soldats qui, dans l’anonymat de leurs associations, agissent pour soulager les maux de leurs concitoyens. Le lyrisme a disparu, reste le sens du don.
Le problème est que, face à cette désolation, à cette laideur dont nous abreuvent les médias, on ressent le besoin d’exemples de grandeur et de courage. On se cherche des figures positives dans lesquelles se projeter. Et, miracle, on en trouve ! Curieusement, du côté des femmes ! L’actualité du mois fait ainsi émerger deux figures féminines.
La première, c’est Aung San Suu Kyi, principal leader de l’opposition birmane. La junte au pouvoir au Myanmar (Birmanie) vient en effet d’annoncer pour le 10 avril la libération de celle que l’on nomme avec déférence la «Dame de Rangoon» et la participation de son parti, le LND, à une conférence nationale. Prix Nobel de la Paix 1991, Aung San Suu Kyi est l’une des figures emblématiques contemporaines de la non-violence. Profondément influencée par les idées du Mahatma Gandhi, cette fille d’un leader nationaliste birman assassiné en 1947 fonde en 1988 la Ligue nationale pour la démocratie.
Deux ans plus tard, le LND rafle 80% des sièges aux élections législatives. Dans un pays où sévit une dictature militaire féroce, ces résultats, aussitôt annulés, valent au vainqueur une répression tous azimuts et la mise en résidence surveillée de son leader. Sous la pression internationale, le pouvoir en place lèvera la mesure après plusieurs années mais pour renvoyer ensuite régulièrement Aung San Suu Kyi, dont le nombre de partisans grandit, derrière les barreaux. Inflexible, la Dame de Rangoon, dont le mari et les enfants vivent à Londres, continue son combat sans dévier de sa route. Sa sagesse entretenue par sa foi bouddhiste comme par l’esprit d’un Gandhi et d’un Mandela font d’elle «un modèle pour les femmes de ce monde et un symbole de paix pour toutes les nations».
Plus près de nous, une autre dame, moins internationalement connue: Louisa Hanoune, l’une des six candidates aux actuelles élections présidentielles algériennes. La première de l’histoire du monde arabe à briguer ce poste, comme la première à y diriger une formation politique. Son parti, le Parti des travailleurs, est le seul parti trotskiste au monde à pouvoir se vanter d’avoir eu 21 élus au Parlement. Trotskiste, féministe, donc laïque et présumée athée, Louisa Hanoune n’en a pas pour autant été de ces rares voix non islamistes à dénoncer sans relâche la répression dont a fait l’objet le FIS après sa victoire aux élections législatives de 1991 et leur annulation. A sa sortie de prison, Ali Belhaj réservera l’une de ses premières visites à Louisa. Pour la remercier. Elle, la femme et «l’impie». Tout un symbole. Non, il ne faut pas désespérer !