Hémiplégie mémorielle

L’espoir est lié à  l’avenir..

L’espoir est lié à l’avenir. Cela tombe sous le sens. Mais, bien qu’un tel fait puisse sembler paradoxal, l’espoir ne saurait tourner le dos au passé. Qui tient à bâtir le futur doit au préalable être le légataire d’une tradition. Qui veut se jeter en avant ferait bien de jeter un œil derrière lui. Une pareille vision est partagée par des penseurs de diverses obédiences. Le marxiste Walter Benjamin l’a résumée d’une métaphore : l’ange de l’Histoire, disait-il, a «le visage tourné vers l’arrière». Quant au monarchiste Georges Benanos, il écrivait : «Rien ne saurait résister à ce qui est derrière nous, pourvu que ce qui est derrière nous s’ébranle». Catherine Challier, dans son nouvel essai, «Présence de l’espoir», défend cette thèse que tout espoir est comme «doublé» de mémoire. Autrement dit, que tout espoir s’évertue d’abord à sauver le passé. L’audace de l’avenir passe par l’injonction du souvenir : «Souvenir de ce qui n’a pas été réparé à temps, souvenir des mots qui commandent encore un avenir, même aux pires moments, et souvenir enfin de la force du commencement». Le camouflet qui nous a été asséné par la modeste Tanzanie illustre la pertinence de cette thèse. Démoralisés par la succession de revers essuyés par notre sélection, nous espérions un succès sur un adversaire largement à notre portée pour nous remonter le moral. Illusions perdues. Car si nous avons mis, du moins en apparence, tous les atouts de notre côté, nous n’avons fait aucun cas de notre passé dans cette situation, pour être instruits de la manière la plus adéquate dont nos anciens représentants abordaient ces matches et des vertus qu’ils mobilisaient.