Harcèlement ? Vous dites ?

Sous nos latitudes, où la polygamie fait de la résistance, on trouve peu de personnes célèbres mises en cause dans des affaires de mÅ“urs. Non pas que tout le monde est parfait, mais parce que les mentalités locales tolèrent quelques écarts, et préfèrent un bon arrangement discret à  un scandale public. Le Droit des femmes a encore du chemin à  parcourir !

Le monde entier a été témoin de la vertigineuse chute de Dominique Strauss-Kahn, passant en moins d’une semaine du statut de l’un des hommes les plus puissants au monde, candidat favori de la future élection présidentielle en France, à celui d’inculpé d’agression sexuelle, menotté, emprisonné, bafoué, humilié devant les caméras de toute la planète (situation qui n’est pas sans rappeler celle décrite par Tom Wolfe en 1987, dans son roman Le bûcher des vanités).

Et la saga judiciaire ne fait que commencer, qui promet des joutes violentes entre les avocats des deux parties, sous l’arbitrage partial du procureur, traditionnellement allié  de la victime.

Le fond du dossier repose, rappelons-le, sur des accusations de violences sexuelles, faits assez difficiles à prouver lorsqu’il s’agit d’adultes : c’est en effet parole contre parole; en d’autres termes, qui croire ?

Le tout puissant patron du FMI, membre éminent de l’establishment, plusieurs fois ministre, figure de proue du P.S français, marié à la très médiatique (et richissime) Anne Sinclair, propriétaire (notamment) d’un luxueux Riad à Marrakech ?…ou l’obscure femme de ménage, d’origine africaine, immigrée à New-York, divorcée, vivant dans un quartier défavorisé en élevant seule sa fille ?

La justice américaine tranchera, mais ce fait divers enclenche un débat sur le traitement de ce genre d’affaires devant les tribunaux marocains. Harcèlement, viols,…comment réagissent nos juges ?

Le sujet est délicat car il englobe tout un ensemble d’éléments, culturels, traditionnels, religieux ou sociaux. Juridiquement parlant, le viol, ainsi que toute agression sexuelle, est prévu et réprimé assez lourdement  par le code pénal marocain. Dans la pratique judiciaire, il en va autrement.

Ainsi, dans tel cas, la plaignante (de surcroît handicapée mentale) ne s’est même pas rendu compte qu’on abusait d’elle. Il a fallu l’intervention de tierces personnes pour que la justice soit saisie et une plainte déposée. Depuis, le dossier somnole dans un tiroir !

Dans une autre affaire, ce sont deux jeunes filles qui sont agressées en revenant de l’université. Une bande de garçons les suit, les harcèle, et, finissant par les isoler, leur impose des relations forcées. Courageusement, et soutenues par leurs familles, elles dénoncent les faits et leurs auteurs, étudiants et lycéens du quartier. Seulement voilà : entendus par les enquêteurs, les jeunes sont ensuite relâchés, l’inculpation de viol n’ayant pas été retenue par le parquet, au profit de celle d’attentat à la pudeur, moins sévèrement punie.

Et c’est bien là le problème : dans le cas précédent, on a considéré que les jeunes filles étaient plus ou moins consentantes. Car, sinon, comment expliquer leur présence en une avenue peu éclairée, tout en étant légèrement vêtues ?

Il s’agit donc avant tout d’une question de mentalité, d’éducation, assortie d’un brin de perspicacité et de clairvoyance. Car ces jeunes filles ne faisaient qu’attendre le bus, qu’elles ne sont en rien responsables de la faiblesse de l’éclairage public (de surcroît défaillant), et que leurs vêtements correspondent  à leur âge, à leur statut d’étudiantes et à leur génération…tout simplement !

C’est aussi une culture qui fait défaut dans nos tribunaux, celle de respecter la liberté de chacun et chacune de faire ce qui lui plaît, dans le respect des lois en vigueur. Mais le poids de la tradition est encore lourd chez les magistrats traitant ce genre de dossiers, qui conçoivent encore difficilement qu’une jeune femme a le droit de circuler sans entraves, aller au restaurant, choisir ses amis et relations, sans qu’on lui reproche, en cas d’incident qu’elle était provocante, ou qu’elle s’est mise dans une situation risquée, et qu’elle n’a eu que ce qu’elle (mérite) cherchait ! Un certain machisme prévaut ainsi en la matière.

On peut également constater que sous nos latitudes, où la polygamie fait de la résistance, on trouve peu de personnes célèbres mises en cause dans des affaires de mœurs. Non pas que tout le monde est parfait, mais parce que les mentalités locales tolèrent quelques écarts, et préfèrent un bon arrangement discret à un scandale public. Le Droit des femmes a encore du chemin à parcourir !