Fric corrupteur

«Que les richesses l’emportent, puisque ton culte parmi nous, funeste argent, est le plus auguste et le plus sacré !», ironisait le poète Juvénal, dès la Rome antique.

«Que les richesses l’emportent, puisque ton culte parmi nous, funeste argent, est le plus auguste et le plus sacré !», ironisait le poète Juvénal, dès la Rome antique. Nous voilà prévenus, les humains sont des adorateurs du veau d’or. C’est inscrit dans leurs gènes. Ce n’est tant cette allégeance qui gêne que l’immixtion de l’argent dans des domaines réputés non mercantiles, tels que le sentiment amoureux, la sexualité, la science, l’art, la religion ou le sport. Quand le football n’est plus sport, c’est-à-dire un plaisir gratuit, mais un enjeu financier, alors nous sommes dans le trafic monétaire des choses de l’esprit, et cela est insupportable. François Perroux, théoricien du capitalisme, soutient que lorsque le haut fonctionnaire, le magistrat, le prêtre, l’artiste, le savant sont dominés par l’esprit du gain, la société croule et toute forme d’économie est menacée. Les biens les plus précieux et les plus nobles dans la vie des hommes, l’honneur, la joie, l’affection, le respect d’autrui ne doivent venir sur aucun marché. Au temps de Juvénal c’était l’argent qui régnait ; aujourd’hui, c’est le fric qui impose sa suprématie. Le premier, affirme le chroniqueur Jacques Julliard, est source de prospérité, le second est source de pourrissement. Pour prendre la mesure de la capacité corruptrice du fric, faites un détour par les anciens abattoirs de Casablanca, où Transparency Maroc offre une exposition sur ce thème.