Formation professionnelle : système obscur

La nouvelle stratégie de développement de la formation professionnelle à  moyen terme (horizon 2010) et à  long terme (horizon 2015), censée permettre de franchir un nouveau cap dans la réforme du système, a-t-elle créé une des conditions de la mise à  niveau des entreprises et l’épanouissement socioprofessionnel des jeunes en quête d’emploi ?

A  entendre les entreprises du bâtiment, de l’hôtellerie, de l’automobile ou d’autres secteurs d’activités se plaindre de pénuries de main-d’œuvre, on en oublierait presque qu’il y a encore près de deux millions de personnes au chômage et immédiatement disponibles. Certes, toutes ne souhaitent pas travailler dans ces secteurs, du fait notamment de la pénibilité des emplois et de la faiblesse des rémunérations proposées. Mais il y a aussi un problème de qualifications. D’aucuns considèrent que la politique de la formation professionnelle est un «échec». Le constat n’est pas nouveau. On peut effectivement s’interroger sur l’efficacité du dispositif actuel, sachant que le Maroc y injecte des ressources non négligeables pour un rendu pour le moins discutable.  La réforme engagée en 1984 a constitué un tournant dans le lancement des bases d’un système performant de formation professionnelle. Elle a tout juste permis l’extension de la capacité d’accueil. Rien n’a été signalé du côté de la qualité de la formation ou de la concertation entre la multitude d’acteurs impliqués. Ou peu de choses.  Or, dans un contexte d’ouverture sur l’économie mondiale et compte tenu des perpétuelles transformations que connaît le marché de l’emploi, la prévision des besoins en formation devient une exigence. Un exercice certes de plus en plus complexe, mais incontournable. Il y a un peu plus de deux ans (novembre 2006),  les premières Assises nationales de la formation professionnelle ont été l’occasion d’un passage en revue des dysfonctionnements du système. Les partenaires y ont dressé un bilan -pas très brillant. Il en est sorti une nouvelle stratégie de développement de la formation professionnelle à moyen terme (horizon 2010) et à long terme (horizon 2015). Censée permettre de franchir un nouveau cap dans la réforme du système, cette stratégie a-t-elle créé une des  conditions de la mise à niveau des entreprises et l’épanouissement socioprofessionnel des jeunes en quête d’emploi ? Où en est-on aujourd’hui de la mise en œuvre de cette stratégie ? Où en est-on  du volet formation professionnelle de la Charte nationale d’éducation et de formation : de l’adéquation formation/emploi, du développement de l’apprentissage, du développement de la formation en cours d’emploi et de l’alphabétisation fonctionnelle, du développement du secteur privé de la formation professionnelle, de la réingénierie du dispositif de formation professionnelle selon l’approche par compétences. Où en est-on de la mise en œuvre de la politique de promotion de l’emploi, décidée lors des journées «Initiatives emploi» (septembre 2005)  et de l’impact des mesures préconisées dans ce cadre : les contrats d’insertion; les mesures  d’amélioration des fonctions d’intermédiation/résorption du chômage ; le programme «Indimaj» qui entend améliorer l’employabilité de jeunes diplômés à la recherche d’un emploi ; le programme «Moukawalati», destiné à encourager l’entreprenariat. Le secteur de la formation professionnelle a un rôle primordial à jouer dans la mise en œuvre de ces mesures et ces programmes. Où en est-on des programmes qui doivent accompagner le  recentrage de l’économie nationale sur les secteurs qui recèlent des potentialités importantes en matière de création de richesses et d’emplois. Qu’il s’agisse des secteurs connaissant déjà un grand essor, comme les BTP, les TIC, le commerce et le tourisme, des secteurs traditionnels à fort potentiel, dont l’agro-industrie, les pêches, le textile et cuir et les mines ou des secteurs de repositionnement que sont l’off-shoring, les équipements automobiles, l’industrie aéronautique ou encore l’électronique. Le potentiel de création d’emplois dans ces activités est là aussi très important. Des emplois qualifiés qu’il faut anticiper par la formation.
Que de ressources mobilisées par la formation professionnelle ! Aux dépenses publiques des différents départements concernés, aux moyens mis à la disposition de l’OFPPT, s’ajoute l’appui des bailleurs de fonds internationaux. On ne compte plus les énormes financements ouverts avec l’Union Européenne (Programme MEDA II), la France, la RFA, la Belgique, la communauté française de Belgique/Wallonie, le Canada, l’USAID, la GTZ et l’Agence française de développement (AFD).  Le système a-t-il vraiment gagné en efficacité par une meilleure adaptation au marché du travail et le développement d’une ingénierie nationale en la matière ? Le besoin d’évaluation du système s’impose.  Une évaluation de son rendement : les enquêtes d’insertion des lauréats ne donnent pas une image suffisamment claire du cheminement dans la vie active. Une évaluation de son impact sur le renforcement des compétences des entreprises. Une évaluation des réformes entreprises au regard des objectifs fixés. Un des principes sur lesquels est censé s’appuyer  la bonne gouvernance du système est celui de la  responsabilisation ou l’obligation de rendre des comptes. Ce qui suppose une transparence des mécanismes de gestion, une clarté dans la distribution des rôles entre les acteurs, notamment entre le ministère en charge du système et l’opérateur de terrain. La relance du système a besoin d’une réponse à une question claire: quels sont les rôles et responsabilités respectifs des acteurs dans ce gâchis ? Sans quoi l’appréciation de la pertinence de la formation, de sa réactivité,  de sa qualité et ses coûts sera toujours peu visible. Au détriment de la  satisfaction des bénéficiaires directs et des employeurs.