FMI, la puissance impuissante

Le G20 s’est imposé de facto comme la principale instance de concertation sur la régulation économique et financière. Aujourd’hui, il est de bon ton, chez beaucoup d’experts, de qualifier cette instance de «G vain» : plus de deux ans et demi après la faillite de Lehman, les nouvelles politiques de régulation réellement mises en Å“uvre se font en effet attendre.

L’évolution de la dette publique des pays développés est inquiétante. Elle représenterait 120% de leur PIB en 2014. Il s’agit d’une véritable flambée, puisque avant la crise, en 2007, ce ratio était de 78%. Aucun des grands n’est épargné. Selon le FMI, l’endettement de la France atteindrait 95,5% de son PIB en 2014, l’Allemagne devrait présenter un taux de 91,4%, celui de l’Italie serait de 132,2%. Tous seraient bien loin de la norme imposée par le Traité de Maastricht. La première économie mondiale, les Etats-Unis, ne sera pas non plus épargnée, le FMI tablant sur une dette de 112% de son PIB, soit 49 points de plus qu’en 2007. Mais la plus spectaculaire reste celle du Japon : 239,2% du PIB en 2014. Autant dire que c’est un grand danger pour l’économie mondiale. Le soutien à des secteurs financiers défaillants et la lutte contre la récession sont les principales raisons de cette flambée. Le système manque d’une discipline efficace et les grands pays peuvent accumuler d’importants déséquilibres de leurs comptes pendant des périodes prolongées sans subir de réelles pressions pour leur ajustement.
Hier, face à la dette des pays du tiers- monde, les pays développés avaient donné leur quitus pour que le FMI intervienne avec vigueur et fermeté dans le règlement de la dette cumulée par les pays en développement. Aujourd’hui, leur position est tout autre et le FMI se trouve dans l’incapacité d’agir pour la solution de la crise souveraine des grands de l’économie mondiale.  Le FMI était censé offrir un cadre de cohérence pour le traitement de ce problème, mais trois raisons ont contribué à réduire son efficacité : pendant trop longtemps, on a largement admis qu’il serait suffisant -pour garantir la stabilité mondiale- que chaque grand pays gère convenablement ses propres affaires et évite de manipuler son taux de change. Cette conception d’une fonction auto-équilibrante des marchés et des économies s’est révélée trop optimiste. Il n’existe pas de cadre d’analyse largement accepté pour mesurer les effets des politiques menées dans les grands pays sur les autres économies et sur le système financier dans son ensemble. Le FMI, au centre du système, a souffert d’un «déficit de légitimité», lié à la fois à la sous-représentation de certaines économies émergentes et de certains pays en développement, et à l’inefficacité du processus d’«examen par les pairs» pour influencer les politiques de ses principaux pays membres. L’«examen par les pairs» des politiques des États membres dans le cadre du FMI-son mécanisme de surveillance-s’est souvent révélé inefficace lorsqu’il s’est agi d’amener des grands pays en déséquilibres interne et externe à ajuster leur politique; il en a été notamment ainsi en l’absence de besoin d’emprunter auprès du Fonds, reflétant, entre autres, l’insuffisante rigueur des procédures de l’institution. Certes, un triplement des ressources du FMI est intervenu ainsi qu’un réaménagement de ses facilités de prêt pour offrir à grande échelle un soutien de précaution et des liquidités; enfin, une allocation de droits de tirage spéciaux (DTS) a été décidée pour un montant de 250 milliards de dollars. Toutes ces mesures, cependant, demeuraient ponctuelles. L’échec du Fonds à adapter à temps sa structure de gouvernance a compromis sa capacité à jouer le rôle qui lui est dévolu de mécanisme institutionnel de «promotion de la coopération monétaire internationale». Le G20 s’est imposé de facto comme la principale instance de concertation sur la régulation économique et financière. Au delà de ses petits succès face à la récente crise, le G20 pourrait voir son efficacité et sa légitimité s’éroder dans la prise en charge des problèmes de l’économie mondiale. Pourtant, en même temps qu’ils géraient l’urgence, les grands pays ont ouvert de vastes chantiers de régulation destinés à encadrer le pouvoir de la finance. Aujourd’hui, il est de bon ton, chez beaucoup d’experts, de qualifier cette instance de «G vain» : plus de deux ans et demi après la faillite de Lehman, les nouvelles politiques de régulation réellement mises en œuvre se font en effet attendre. Cette situation comporte trois risques majeurs: la réapparition de déséquilibres prolongés et, finalement, insoutenables des comptes courants, pouvant conduire à de graves désordres, des tensions inflationnistes mondiales si de trop nombreux pays mènent des politiques budgétaires et monétaires trop expansionnistes ou, à l’inverse, un effet de resserrement sur l’économie mondiale si de trop nombreux pays tentent simultanément de dégager des excédents de leur compte de transactions courantes. La capacité des différents pays ou des institutions internationales à faire face à une future crise systémique de liquidité n’est pas garantie. Le dilemme est qu’il n’existe aucune structure de gouvernance globale à l’échelle mondiale qui garantisse la cohérence entre elles des décisions majeures de politique économique et financière prises au niveau national et qui puisse contribuer ainsi à la stabilité mondiale. Pourtant, dans un monde aussi étroitement interconnecté, les résultats de chaque pays dépendent très largement des évolutions et des décisions prises ailleurs. Dans un tel environnement, la nécessité s’impose de règles et de procédures contribuant donc à garantir cette cohérence globale.