Faudra-t-il, bientôt, se promener avec un masque sur le visage ?

L’augmentation particulièrement marquée des cancers dans les pays en développement vient notamment de l’adoption du mode de vie occidental sur le plan de l’alimentation comme de celui de la compétition qui nous place dans une course permanente contre la montre.

Il n’avait jamais fumé. Pas même à l’adolescence quand, au lycée, cela faisait bien d’exhiber un paquet de cigarettes et de tirer des «tafs» pour en jeter plein la vue aux filles. Son mode de vie était celui d’une personne tranquille, peu portée sur les excès. Et puis, un beau jour, sans crier gare, le monde s’est arrêté de tourner pour lui. Une méchante bronchite, une toux persistante, un examen radiologique de routine et puis là, sur le cliché, sous l’apparence d’une inoffensive tache blanche, la saloperie avec un grand S. Verdict sans appel : cancer du poumon. Six mois plus tard, notre ami n’était plus. Son seul péché avait été de respirer un air infesté de gaz carbonique.

Cancer. Longtemps, on s’est abstenu de prononcer le mot. Quand quelqu’un avait le malheur d’en être atteint, on utilisait des métaphores pour en parler. Comme si c’était une maladie honteuse, comme si, de la nommer, vous faisait manquer d’égard vis-à-vis de la personne touchée. Mais, ces dernières années, au vu de la vitesse à laquelle cette maladie se propage, frappant tous azimuts, on en a fini avec ces contorsions langagières. Se serait-il agi d’un germe contagieux, on parlerait d’épidémie ! On ne peut plus croiser quelqu’un sans qu’au cours  de la conversation, il ne soit question d’un proche ou d’un ami qui en est atteint. Ou, pire, en a été emporté. Des personnes sont fauchées dans la force de l’âge, en l’espace à peine parfois de quelques mois. Et on commence à courir les funérailles plus fréquemment que les mariages ou les baptêmes ! Ce sentiment de progression exponentielle de cette saloperie n’est pas qu’une simple impression. Les chiffres de l’OMS le confirment. En quatre ans (2008 à 2012), l’augmentation a été de 8%. Et le phénomène serait parti pour s’accentuer, les spécialistes considérant que, pour les années à venir, le nombre des cas de cancer dans le monde va aller en se multipliant. Cette tendance, nous dit-on, est particulièrement marquée pour ce qui concerne les pays en développement. Merci, on l’aura compris de nous-mêmes ! Pas besoin d’outils statistiques, il suffit de compter le nombre d’amis qu’il a fallu mettre en terre en très peu de temps.

Alors, face à cette guerre pernicieuse mais ouvertement déclarée, que peut-on faire ? Longtemps, pour un pays en voie de développement, comme le nôtre, contraint de se battre sur plusieurs fronts à la fois, l’approche et le discours écologiques étaient considérés comme un luxe que seuls les riches pouvaient se permettre. Et, même chez ces derniers, on rechigne à l’écouter, les écolos devant se battre de pied ferme pour se faire entendre. Toutefois, au vu des dégâts colossaux en termes de santé et (est-il nécessaire de le rappeler), la santé a un coût,  causées par les atteintes à l’environnement, la protection de celui-ci se présente de plus en plus comme une nécessité vitale pour tous. A quoi sert-il de se développer si c’est pour mourir asphyxié par l’air vicié que l’on respire ? Et les poisons présents dans son assiette ? S’il est un point sur lequel les experts s’accordent, c’est bien sur le fait que l’alimentation, la pollution atmosphérique et le stress sont à l’origine de bon nombre, sinon du plus grand nombre de cancers. Les habitants de Casablanca, par exemple, sont en droit de se faire du souci. L’air dans la capitale économique est devenu tellement sale que la plupart des gens, l’hiver venu, ont les bronches encombrées et les toux qui ne lâchent pas font la fortune des pneumologues. Comment s’étonner dès lors que des personnes qui n’ont jamais touché une cigarette de leur vie développent des cancers du poumon qui les emportent à la vitesse de l’éclair ? Alors soit le gouvernement prend les mesures qui s’imposent pour réduire cette pollution atmosphérique, soit il nous faudra bientôt commencer à nous balader avec un masque de protection sur le visage. La forte présence de fruits et légumes dans notre alimentation méditerranéenne est un atout à ne surtout pas abandonner au profit de la malbouffe d’une manière générale. L’augmentation particulièrement marquée des cancers dans les pays en développement vient notamment de l’adoption du mode de vie occidental sur le plan de l’alimentation comme de celui de la compétition qui nous place dans une course permanente contre la montre. Car c’est peu dire que le stress tue ! On court tout le temps, du matin au soir ; on ne voit plus ses amis et ses proches, on a perdu ce sens de la convivialité et de la solidarité qui nous faisait être les uns près des autres. Et tout cela pour quoi ? Stop, arrêtons les dégâts, apprenons à revenir à l’essentiel et n’attendons plus qu’une saloperie de cancer emporte les êtres qui nous sont chers pour nous rappeler que nous les aimons !