Evaluation de l’action publique, une exigence

L’évaluation est appelée à jouer un rôle important dans deux domaines- clés : la décentralisation, avec l’élargissement progressif des compétences des collectivités territoriales et la réforme budgétaire qui, en faisant évoluer le pilotage de l’action administrative vers une logique de programmes, devrait inciter à une meilleure évaluation de l’efficacité de la dépense publique.

Dans toutes les démocraties, l’évaluation des politiques ou des programmes demeure une composante essentielle de toute entreprise de modernisation de l’action publique. L’évaluation des politiques publiques présente une double dimension. Quantitative, quand elle mesure les effets de l’action publique en comparant ses résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en oeuvre, notamment à l’aide d’indicateurs de performance. Qualitative quand elle porte un jugement sur la pertinence des objectifs et donc, éventuellement, peut conduire à en réviser le choix. En pointe dans les pays avancés, notamment les Etats anglo-saxons où les institutions législatives disposent de moyens importants pour évaluer les programmes gouvernementaux, l’évaluation de l’action publique peine à se faire admettre dans le paysage administratif marocain.
Des progrès ont été accomplis depuis quelques années mais l’évolution reste lente. Certains ministères ont mis en place des services d’évaluation d’une certaine ampleur, sans pour autant libérer tout le potentiel opératoire des directions qui ont en charge cette mission. Tel est le cas des inspections générales des départements de la Santé, de la Pêche, de l’Agriculture ou de l’Equipement. Mais il n’existe pas encore, au niveau central, un dispositif interministériel qui donne une cohérence à toutes ces initiatives éclatées. Il convient également de souligner le rôle de la Cour des comptes, dont une partie des contrôles s’apparente à l’évaluation, sans s’y identifier réellement. Le Parlement est encore loin de disposer des moyens d’évaluation de certains de ses homologues étrangers. En somme, l’évaluation est au Maroc une pratique faiblement institutionnalisée. Mais il existe aujourd’hui un contexte favorable à un rôle accru de cette action.
Primo : c’est un fait aujourd’hui acquis que l’Etat est appelé, dans les années qui viennent, à jouer un rôle croissant dans la vie des Marocains. Or, nombreux sont les dysfonctionnements qui entravent l’adaptation de la puissance publique à un environnement en pleine mutation. L’invocation rituelle des pesanteurs humaines, organisationnelles ou encore budgétaires comme autant de freins à la décision, accréditent la thèse de l’impuissance de l’Etat en tant que vecteur du changement. Secundo : l’expérience internationale montre que l’aboutissement d’une réforme ne se joue plus simplement dans la qualité du diagnostic et la clarté des objectifs arrêtés. A ces préalables de fonds qui conditionnent le succès de tout processus de modernisation, s’ajoute le degré d’acceptabilité et d’appropriation par les protagonistes, du projet dans ses différentes phases qui vont de la justification jusqu’au suivi en passant par le rythme et la préparation du changement souhaité. Tertio : au Maroc, le processus de libéralisation politique se traduit par une demande de participation et d’implication plus grande de larges secteurs de la société civile à l’élaboration de la décision publique. C’est dire que nous sommes tout autant confrontés à cette dernière exigence, mais simultanément contraints de redoubler d’efforts pour améliorer nos diagnostics et affiner nos objectifs.
Enfin, au moment où l’Etat est confronté à la nécessité de faire évoluer ses structures et son organisation, l’évaluation est appelée à jouer un rôle plus important dans deux domaines-clés de la réforme de l’Etat. Il en est ainsi de la décentralisation qui, avec l’élargissement progressif des compétences des collectivités territoriales, relance la nécessité d’une démarche d’évaluation. Il en est de même de la réforme budgétaire qui, en faisant évoluer le pilotage de l’action administrative vers une logique de programmes, devrait inciter à une meilleure évaluation de l’efficacité de la dépense publique.
C’est en regard du développement politique que connaît le Maroc que l’opportunité de la prise au sérieux de la problématique de l’évaluation des politiques publiques mérite une attention soutenue, que conforte la complexité de l’action réformatrice et l’émergence de nouvelles formes de gouvernance. Nos concitoyens attendent d’être convaincus quant à la capacité de l’Etat de faire et d’agir mieux