été sanglant

Plus de 2 000 morts, une population bombardée sans relà¢che sous le regard apathique d’institutions internationales qui se contentent de compter les coups en mettant sur un pied d’égalité les deux belligérants. Comme si le Hamas et ses roquettes, dont les trois quarts sont interceptés dans les airs, pouvaient supporter la comparaison avec l’une des armées les plus puissantes du monde !

Le monde arabe, ses éclats de fureur et la violence qui le décime n’ont pas quitté l’actualité tout cet été 2014. Un été qui a été des plus sanglants dans cette partie du monde et dont nous, qui en faisons partie, ressortons, groggy. En effet, ce ne fut que succession d’abominations en tout genre, crimes de guerre, massacres en série et actes terroristes. Après la Syrie, partie en vrille dans un conflit au bilan de près de 180 000 morts, c’est en Palestine que le sang a recommencé, une fois encore, à couler. Plus de 2 000 morts, une population bombardée sans relâche sous le regard apathique d’institutions internationales qui se contentent de compter les coups en mettant sur un pied d’égalité les deux belligérants. Comme si le Hamas et ses roquettes, dont les trois quarts sont interceptés dans les airs, pouvaient supporter la comparaison avec l’une des armées les plus puissantes du monde ! Et la colère et la révolte d’enfler plus encore dans les cœurs musulmans, radicalisant les consciences et faisant basculer dans l’extrémisme jusqu’aux plus modérés. Certes, on meurt ailleurs, certes (et l’exemple syrien s’étale sous les yeux) des peuples sont assassinés par leurs propres dirigeants mais ces exactions-là sont dénoncées pour ce qu’elles sont et leurs auteurs placés au ban de la communauté internationale. Ce n’est pas le cas pour Israël. L’Etat hébreu peut violer toutes les conventions internationales, il continue à faire l’objet d’une insupportable mansuétude de la part des Occidentaux. Un enfant israélien meurt, l’information passe en boucle pendant plusieurs jours, des centaines d’enfants palestiniens sont tués, ils n’ont pas d’identité ni de visage et leur mort est assimilée à de regrettables «dommages collatéraux».
L’impudence du discours israélien, discours repris à leur propre compte par certains médias acquis aux thèses de l’Etat hébreu, va jusqu’à considérer que ce sont les Palestiniens eux-mêmes qui exposent leurs enfants, parce que, argument ultime, ils – par extension, les musulmans dans leur ensemble- n’accorderaient pas de valeur à la vie humaine. Et l’argument fait mouche dans un Occident labouré par l’islamophobie. Quand, aux images de destruction en provenance de Gaza, celle des visages terrifiés des fugitifs yazidis d’Irak prennent le relais, c’est pain bénit pour Nétanyahou.
Dans les hordes jihadistes de Daech, le Premier ministre israélien trouve ses alliés objectifs. Mettant Hamas et l’Etat islamique dans un même sac, il a alors beau jeu de présenter Israël comme le fer de lance de la lutte contre le terrorisme islamique. Quant à nous qui appartenons à ce monde, nous recevons en pleine figure, et avec la même impuissance, tant la détresse des Palestiniens que celle de ces populations irakiennes chassées de leurs villages et soumises aux exactions les plus effroyables pour le simple fait de leur appartenance confessionnelle. En parallèle, l’horreur continue sur le front syrien où les crimes des uns répondent aux crimes des autres (dernier en date, 700 personnes d’une même tribu passées par les armes par l’EI). A cela s’ajoutent les violences en Libye, où le chaudron a recommencé à bouillir dangereusement au point que d’aucuns n’hésitent plus à voir en ce pays le prochain Afghanistan.
Le chaos dans lequel sombrent nos voisins frappe à nos portes, à nous autres Marocains. Après la disparition de onze avions civils de l’aéroport de Tripoli, il nous vaut ce fait sans précédent d’anti-missiles sol-air installés au cœur même de nos villes ! Jamais depuis les attentats du 16 mars 2003, la menace terroriste n’a été aussi grande sur le Maroc. Alors, où allons-nous et, d’une manière plus générale, où va ce monde arabe qui implose de toutes parts ? La survenue du printemps arabe avait fait espérer en l’ouverture d’une page nouvelle, marquée sous le sceau du droit et de la démocratie, pour les peuples de cette région du monde. Las, hormis dans le cas tunisien, ils sont tombés de Charybde en Scilla. Pourquoi ? Cette question nous taraude tous.
Alors, bien sûr, peuvent être invoqués, à juste escient, le passé colonial, la manipulation étrangère et l’abcès palestinien. Mais, s’ils jouent de leur poids, ces facteurs ne sauraient minimiser la responsabilité des dirigeants arabes et de leurs choix politiques. Ceux de la gabegie, de la dictature, de l’étouffement des voix dissidentes et de l’instrumentalisation de la religion. Tout cela a participé à l’enfantement des monstres qui, tels de nouveaux barbares, déferlent à présent sur le monde musulman.
Comment les arrêter ? Au nom de l’islam, des abominations sont commises au quotidien au Proche et Moyen-Orient. Le drame des chrétiens et des yazidis persécutés et chassés de leur terre par ces psychopathes est du même registre que celui vécu par les Palestiniens en 1948. Il apporte du crédit à Israël qui peut se permettre de gloser sur la persécution des minorités en terre d’islam. L’examen de consciences s’impose à tous les leaders politiques arabes, qu’ils soient aux commandes ou dans l’opposition. Et le premier sujet de remise en question devrait porter sur leur rapport au religieux.