Et pour quelques dirhams de plus…

Bachir reçoit un courrier recommandé avec accusé de réception, l’invitant à  régler sans délai le solde débiteur de son compte bancaire, auprès d’une agence de Rabat. Le problème est que n’ayant pas de compte auprès de cette agence, il en conclut qu’il s’agissait sans doute d’une erreur, et ne donna aucune suite à  cette missive…Ce qui va lui coûter cher.

Pendant les vacances d’été, tout le monde ne se repose pas, tout le monde ne chôme pas, certains même faisant de l’excès de zèle…sans doute histoire de remplir le vide estival.

Mais on peut s’interroger sur le bien-fondé de certaines démarches.

Bachir S., citoyen paisible de Casablanca, se préparait à des vacances tranquilles, lorsque soudain, fin mai, il reçoit un courrier recommandé avec accusé de réception (coût 35 DH) l’invitant à régler sans délai le solde débiteur de son compte bancaire auprès d’une agence de Rabat. Le problème est que n’ayant pas de compte auprès de cette agence, il en conclut qu’il s’agissait sans doute d’une erreur, et ne donna aucune suite à cette missive. Quinze jours plus tard, un huissier de justice mandaté par la banque (coût 250 DH) délivra à son adresse (alors que Bachir, en vacances, était absent) une dernière «injonction avant poursuites judiciaires» à laquelle aucune réponse ne fut fournie dans le délai imparti.

Vers la fin juin, les choses se corsèrent : revenu de villégiature, Bachir trouva une nouvelle sommation de payer (100 DH), lui prédisant les pires maux au cas où il ne s’exécuterait pas dans la semaine. Excédé, il prit attache avec la banque concernée pour mettre un terme à ce qu’il considérait comme une mauvaise plaisanterie. Le responsable qu’il eût alors au bout du fil, reconnut, après vérification, qu’il s’agissait d’un homonyme habitant Rabat, et qu’il allait faire le nécessaire pour corriger l’erreur, tout en s’excusant (c’est bien le moins) du désagrément subi.

L’efficacité de ce responsable était douteuse, car, début juillet, un second huissier se présenta chez Bachir, cette fois mandaté par le tribunal de première instance de Rabat, afin de lui remettre une citation à comparaître devant la Cour, dans les huit jours. Notre homme recontacta illico l’agence bancaire, où il apprit que le précédent responsable avait été promu directeur d’une autre agence (bonjour les dégâts), et il eut affaire au nouveau directeur, à qui il exposa ses doléances, exprimant sa colère devant tant de convocations, et de missives agressives. Renseignements  pris, ce directeur reconnut lui aussi la méprise, assurant qu’elle était simplement le fait de l’ordinateur, qui voyez-vous, n’a pas bien compris ce qu’on lui dit, agit quasi automatiquement, ce qui leur cause bien des soucis avec la clientèle. Bachir aurait voulu lui expliquer que «l’ordinateur» n’était qu’une machine, que derrière ce morceau de ferraille, il y avait forcément un programmateur, un être humain, et que peut-être fallait-il chercher le problème de ce côté.

Il renonça à cette idée, rassuré par le fait que cet imbroglio allait prendre fin. Sauf que quinze jours plus tard, rebelote : cette fois le tribunal lui intimait l’ordre de se présenter sans délai aux services du greffe pour acquitter les sommes dues, majorées de frais divers et de taxes multiples, faute de quoi une saisie-conservatoire serait effectuée sur ses biens, suivie d’une vente aux enchères pour non règlement d’une dette exigible. Ce qui signifiait que, malgré toutes les bonnes paroles des responsables bancaires, leurs engagements à rectifier l’erreur de fait, une procédure judiciaire avait bien été engagée par le biais d’un avocat (honoraires au moins 750 DH), lequel avait donc réglé une taxe judiciaire (150 DH), les appointements de l’huissier chargé de transmettre la convocation (200 DH), ainsi que la vignette obligatoire sur chaque re- quête aux fins de paiement (50 DH). A ce niveau de l’histoire, Bachir n’eut d’autre solution que d’engager à son tour un autre avocat, qui se chargea d’assister aux audiences, et produit tous les documents prouvant que Bachir n’avait aucune relation avec ladite banque. Coût de l’opération: 500 DH. Enfin, début novembre, le tribunal rendit un arrêt par lequel il reconnaissait qu’il y avait erreur sur la personne, rejetant par là-même toutes les demandes de la banque.

Affaire donc réglée, mais je laisse au lecteur curieux le soin de calculer combien tout cela aura coûté en frais divers, honoraires d’avocat, d’huissiers, courriers divers, taxes judiciaires, sans compter la mobilisation d’un juge, d’un secrétaire-greffier, de plusieurs coursiers du tribunal…le tout pour aboutir à un jugement  rejetant la demande de paiement, trois mois après le début des «hostilités»… Sachant que la dette initiale réclamée par la première mise en demeure du mois de mai, était de …82,17 DH ! (oui oui, moins de 100 DH) !

Par charité, je tairais le nom de cette banque, qui gagnerait toutefois, toutes affaires cessantes, et dans la plus grande urgence, à revoir son système informatique, voire mieux former ceux chargés de le contrôler.