Et la valse entre les tribunaux continue !

Récupérer une copie de jugement à  Al Oulfa, pour aller faire appel Av. des FAR, nécessite de traverser toute la ville : en voiture, en taxi, en bus… cela a un coût. Surtout quand, connaissant l’administration marocaine, il y a fort à  parier qu’il manquera toujours un document, une signature, que l’on vous demandera gentiment d’aller chercher… là  d’où vous venez !

La semaine passée, il était question de l’absurde répartition des tribunaux à travers la vaste wilaya de Casablanca, contraignant le contribuable/justiciable à d’interminables parcours à travers la ville, afin de défendre ses intérêts, ou tout simplement préserver ses droits, quelque part menacés.

Je disais aussi, qu’outre les frais de justice, déjà assez lourds parfois (entre taxes judiciaires, honoraires d’avocats, frais d’huissiers…et j’en passe), il conviendrait maintenant d’y ajouter des frais de transport non moins conséquents. Car récupérer une copie de jugement à Al Oulfa, pour aller faire appel Av. des FAR, nécessite de traverser toute la ville : en voiture, en taxi, en bus…cela a un coût. Surtout quand, connaissant l’administration marocaine, il y a fort à parier qu’il manquera toujours un document, une signature, que l’on vous demandera gentiment d’aller chercher…là d’où vous venez !

Ce qui n’est pas si simple, car la topographie de la ville est en pleine métamorphose, pour cause de tramway. Ainsi, l’avenue principale menant au tribunal d’Al Oulfa est depuis quelque temps fermée : comment donc accéder au tribunal ? Quel contournement effectuer ? Par quel boulevard ?

Bien évidemment, aucune indication n’est disponible sur le terrain, et chacun essaye de se débrouiller : on ne compte plus les audiences ratées, les citoyens excédés et les fonctionnaires dépassés ! De l’autre côté de la ville ce n’est pas mieux. La Cour d’appel (Av. des FAR) est encerclée par les travaux : d’un côté, élargissement des voies, aménagement de la ligne du tramway, création d’une sortie pour le port….à grand fracas d’engins, pelleteuses, marteaux-piqueurs et autres matériels tout aussi bruyants : concasseuses, poids lourds divers, autochenilles !

De l’autre côté, construction sur le parking du tribunal d’une nouvelle annexe (qui viendra s’ajouter aux six bâtiments existants), destinée, paraît-il, à désengorger la Cour d’appel. Ce qui est sûr, c’est que la mise en service de cette annexe compliquera un peu plus la situation chaotique existant actuellement !

Aussi, dans les salles d’audience, outre un halo nuageux louche et suspect de particules diverses, flottant sous le plafond, on remarque d’emblée la fine couche de poussière qui recouvre instantanément bancs, pupitres, bureaux, dossiers…et s’infiltre dans les cartables, vestons ou portables (sans parler des poumons), le bruit extérieur est tel que l’on ne s’entend plus : les magistrats (comme le public) toussotent en permanence, demandent aux prévenus de parler plus fort, et ne cessent de s’éventer avec les pièces du dossier devant eux, souhaitant être à mille lieux de là ! Il apparaît évident, à les observer méticuleusement, que leur souci premier est loin, très loin, d’une saine application de la justice, et tout ce qui s’ensuit !

Mais revenons au tribunal de première instance de Casablanca, monument historique inauguré en 1920… ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Par où passer ? La place Mohammed V est en pleins travaux, le boulevard du même nom a été dévolu au tramway, donc coupé à la circulation, et même impossible de le traverser.
Qu’à cela ne tienne : par des ruelles adjacentes, au prix de quelques acrobaties et entorses au code de la route, on arrive sur le bd. Lalla Yacout…pour se rendre compte que des panneaux de sens interdits ont miraculeusement éclos durant la nuit ! Désormais, on ne remonte plus la rue du Prince Moulay Abdallah jusqu’à l’intersection avec le bd. Hassan II… on la redescend, et c’est loin d’être anecdotique pour les usagers du palais de justice, toutes catégories confondues : magistrats, fonctionnaires, avocats, justiciables et autres experts, huissiers. Du coup, dans le secteur, c’est l’anarchie totale : devant, derrière ou à côté du tribunal (dont la fonction première, il faut le rappeler, est l’application de la LOI), les conducteurs, (ès qualité, cités plus haut) bafouent allégrement les dispositions prises pour réguler la circulation.

Tout le monde emprunte les sens interdits, stationne à contre-sens, créant ainsi une pagaille indescriptible, inexistante ailleurs ! D’un côté des responsables prennent des décisions pour fluidifier la circulation, pendant que ceux qui sont chargés de sanctionner les contrevenants sont eux-mêmes les premiers de ces contrevenants !
Résultat des courses : entre un planificateur peu avisé du côté du ministère, des responsables de voirie courageux, des violations continues et flagrantes de la loi par tous ceux qui fréquentent ce tribunal, et l’incivisme latent des justiciables, on ne peut qu’espérer des jours meilleurs dans l’application de la justice à Casablanca….
(Ou l’attente d’un gestionnaire avisé, suivi de la nomination de fonctionnaires à poigne à Casablanca, le tout couronné par des cours accélérés d’éducation civique pour tout le monde !)…et joyeuses vacances pour tout le monde !