Et la presse créa l’infà¢me

Lorsqu’une rédaction n’a rien à  se mettre sous la dent pour cause de vide de l’actualité ou de vacuité de l’imagination, elle sort un sujet du frigo. Bingo ! à‡a marche et on a fait du chiffre. et pour dire les choses telle qu’elles sont, c’est à  dire crûment : tout le monde va aux putes, les uns pour assouvir des fantasmes et les autres pour se faire de la thune, ou les deux à  la fois, allez savoir ! C’était là  notre contribution au grand débat ouvert abrité dans une maison close sous le thème «L’image de l’infà¢me dans l’immédiat».

Véhiculer une image positive de la femme dans les médias. Recréer une image positive dans les médias. Tel est le leitmotiv relayé par les gens des médias eux-mêmes. Etrange tropisme soudain d’une corporation qui fustige ce qu’elle a promu et dénonce ce qu’elle a pourfendu. En effet, une réaction vengeresse  fait la une des journaux d’ici et d’ailleurs et jusqu’au Moyen-Orient, région d’où nous est parvenu une série de dessins animés satiriques mais aussi des productions télévisuelles qui ne font pas la part belle au Maroc et encore moins à sa gente féminine. La réaction quasi unanime des journaux, toutes tendances confondues, appuyée par un certain nombre d’internautes est tout à l’honneur des journalistes et associations de femmes  de la société civile. En effet, sans verser dans la parano, les allusions ouvertement hostiles aux Marocaines, l’image délurée renvoyée par ces fictions, les castings triés au volet en fonction d’une apparence et d’un comportement déterminés (cas de la dite actrice Imane Chaker du bien nommé feuilleton «Al âr», dont on ne sait rien de son itinéraire artistique), sont autant de raisons de déceler dans la concomitance de ces productions une réelle volonté de nuire. Bien sûr, d’aucuns rétorqueront que tout cela relève de la liberté d’expression et de création. D’autres pourront arguer de la disponibilité (on n’osera pas parler de talent) de certaines apprenties actrices pour camper certains rôles qu’aucune comédienne moyen-orientale ne saurait endosser. Dans ce cas, pourquoi fait-on jouer à ces Marocaines des rôles de Marocaines délurées ? Comme s’il n’y avait pas de femmes de petite vertu dans ces contrées. En tout état de cause, il serait bien sage de ne pas tomber dans le piège de ce discours trop facile et réactif de certains Maghrébins et qui veut que nos sociétés soient plus libérales comparées à celles des pays du Moyen-Orient. Il y aurait dès lors un combat mené par des gens conservateurs et des mentalités obscurantistes qui ne voient dans la femme que sexe, vice et dépravation. Cette mentalité médiévale là existe, même chez nous, et participe aussi à nourrir les préjugés et les stéréotypes qui sont véhiculés à travers ce monde arabe dont nous assumons, parfois à notre regret et souvent à nos dépens, une partie de l’histoire et de la culture. Il reste maintenant à répondre à l’argument de la liberté de création. Il est quand même étrange de constater que des pays qui n’ont jamais connu ni liberté de presse, ni liberté tout court ; que des gens qui ne peuvent exciper ni de créativité artistique (sinon ça se saurait), voire qui n’ont pas d’arts du tout et encore moins d’expérience en matière audiovisuelle, se mettent soudainement à avoir «du talent».

Mais une fois que l’on a réagi à ce que les Arabes trimbalent comme clichés sur notre pays, avec ou sans mauvaises intentions, il n’est pas inutile de nous regarder en face pour nous dire deux ou trois petites vérités. On sait  que depuis une dizaine d’années, et on peut facilement le vérifier, des dizaines de sujets, d’enquêtes bidonnées et de couvertures de magazines ont été consacrés à la prostitution des femmes, des hommes, des étudiantes, des enfants et des animaux. Souvent d’une manière intempestive, ces «marronniers» fleurissent à tout bout de champ, sans actu et sans crier gare. La raison est connue et là on va la jouer franche et terre à terre : lorsqu’une rédaction  n’a rien à se mettre sous la dent pour cause de vide de l’actualité ou de vacuité de l’imagination, elle sort un sujet du frigo. Bingo ! Ça marche et on a fait du chiffre. Alors on remet ça et comme on pique au truc et que le truc rapporte, pourquoi s’en priver ? Résultat : il est des semaines, lorsqu’on passe près des marchands ambulants qui squattent les trottoirs des grandes villes, on ne voit que des péripatéticiennes ou ces «kaïnate laylia» (des êtres nocturnes) comme dirait Ba Driss (Khoury) éméchées et en tenue légère mais dont on a fait semblant de préserver l’anonymat par un petit bandeau noir comme une feuille de vigne tient lieu de cache-sexe. Une grande partie de la presse d’ici, avouons-le, a autant participé à véhiculer cette image sulfureuse que ces pays que l’on s’empresse aujourd’hui de critiquer. Et bien sûr, comme les autres médias arabes, tout cela en affichant les meilleures intentions du monde et en se barricadant derrière la sacro-sainte liberté d’expression.

En résumé et pour dire les choses telle qu’elles sont, c’est à dire crûment : tout le monde va aux putes, les uns pour assouvir des fantasmes et les autres pour se faire de la thune, ou les deux à la fois, allez savoir ! C’était là notre contribution au grand débat ouvert abrité dans une maison close sous le thème «L’image de l’infâme dans l’immédiat».