Espèce de pauvre

Rien de plus éloquent quant aux charitables dispositions de notre époque à  l’endroit des misérables que le titre du dernier récit de l’Indienne Shumona Sinha : Assommons les pauvres !

Rien de plus éloquent quant aux charitables dispositions de notre époque à l’endroit des misérables que le titre du dernier récit de l’Indienne Shumona Sinha : Assommons les pauvres ! prescrit-il. Solution aussi cruelle que définitive, à laquelle les sociétés repues souscriraient volontiers si cela était de l’ordre du possible, tant les humbles y font tache. Humains, trop humains, bien que les monothéismes leur promettent le royaume des cieux, ils ne s’accommodent pas de leur état, l’ascétisme n’est pas leur penchant naturel, et ils comptent sur la générosité de leurs prochains ou de l’Etat pour assurer leur subsistance. De surcroît, leur vue incommode les créatures ayant mangé leur bouillie avec une cuillère en argent, d’autant qu’elles en éprouvent un sentiment de culpabilité, les poussant à jeter par-dessus bord un peu de leur or pour alléger leur conscience, ou, suprême pénitence, se dépouiller de leur richesse de sorte à recouvrer leur bonne conscience. Mais, alors qu’à cet effet le philosophe Lundwig Wittgenstein a dilapidé scrupuleusement son immense héritage, un autre, l’Anglais Herbert Spencer (1820-1903), prêchait l’éradication des pauvres, seul moyen, avançait-il, d’«améliorer la race». Ce dont n’aurait pas disconvenu l’économiste Thomas Robert Malthus (1766-1834) qui réprouvait les pauvres pour leur intempérance sexuelle, les conduisant à multiplier l’espèce.