Entreprises : regroupez-vous, rapprochez-vous !

Dans un contexte marqué par la crise internationale et l’octroi par l’UE au Maroc du statut avancé, le rapprochement entre les entreprises marocaines en vue de leur renforcement est un moyen incontournable pour qu’elles puissent résister à  la concurrence et espérer conquérir des marchés en Europe.

Le Maroc connaît en ce moment une double actualité qui, à n’en pas douter, va impacter son économie dans les prochaines années. La première actualité est celle de la crise économique mondiale que l’on connaît aujourd’hui et qui va toucher, à des degrés divers, dans les prochains mois et les prochaines années, l’ensemble des Etats et des économies nationales. On peut d’ores et déjà considérer que le Maroc ne sera pas épargné par cette crise bien qu’il soit pour l’instant difficile de dire à quel point il sera affecté (la dernière note du FMI concernant le Maroc a cependant revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2009). S’il est admis et déjà constaté que la crise aura des répercussions sur les transferts de devises par les MRE, sur les secteurs du tourisme et du textile, notamment, la crise internationale va aussi impacter l’économie marocaine au travers des investissements d’entreprises étrangères. La présente crise pourrait, à cet égard, produire deux effets contraires:
1. Une accélération des investissements au Maroc, notamment ceux  réalisés dans l’objectif de réduire certains coûts de production (encore faut-il que le Maroc puisse absorber ces délocalisations en fournissant une main-d’œuvre qualifiée suffisante, pour l’offshoring, pour Renault, à Tanger, et, de manière différente, pour le tourisme), la crise imposant avec plus d’acuité la nécessité de produire à moindre coût et rapidement ;
2. Un ralentissement des investissements extérieurs, les entreprises étrangères ayant, au moins temporairement, des difficultés d’accès au financement pour cela.
A l’heure qu’il est, on ne peut pas dire quelle tendance l’emportera au Maroc à court terme.
La seconde actualité est celle de l’octroi par l’Union Européenne (UE) du statut avancé au Maroc (premier Etat hors Europe à bénéficier de ce statut). Ce statut a pour objet un approfondissement des relations entre le Maroc et l’UE dans plusieurs domaines et comporte un volet économique ayant notamment pour objet (i) la création d’un espace économique commun entre le Maroc et l’UE et (ii) la conclusion d’un accord de libre-échange entre les deux territoires (accord de libre-échange qui viendra s’ajouter à ceux conclus avec les Etat-Unis et la Turquie, et à l’Accord d’Agadir). On peut raisonnablement penser que ces deux aspects du volet économique du statut avancé auront notamment pour effet de favoriser et d’accroître les investissements au Maroc provenant d’entreprises européennes, soit pour la délocalisation de la production (dans le but de réduire les coûts de production) soit pour investir et conquérir le marché local.
Les deux actualités évoquées ci-dessus devraient donc avoir pour effet d’accroître les investissements extérieurs dans les prochaines années et voir arriver sur le marché national des entreprises étrangères qui vont concurrencer les entreprises locales.
Pour faire face à l’arrivée de cette concurrence et profiter des perspectives de l’accord de libre-échange à venir avec l’UE (l’intérêt d’un tel accord consiste également à ce que les entreprises marocaines puissent exporter plus facilement leurs produits vers les Etats de l’UE), les entreprises marocaines vont devoir surmonter plusieurs handicaps, notamment celui de leur petite taille (chiffre d’affaires, production, effectifs, etc.). En effet, les entreprises marocaines sont aujourd’hui trop petites et ne disposent pas d’une solidité financière suffisante pour affronter une telle concurrence. Il est impératif pour elles de grandir pour, notamment, (i) réaliser des économies d’échelle et (ii) acquérir une surface financière critique et, par ricochet, acquérir une certaine crédibilité sans laquelle elles ne pourront pas résister à la concurrence sur le marché local, d’une part, et ne pourront pas espérer exporter ou conquérir des marchés dans l’UE, d’autre part.
Pour qu’une entreprise grandisse, il faut essentiellement deux moyens. Le premier, qui prend du temps, est l’accroissement organique interne, provenant du développement de l’entreprise issue de ses propres efforts. Le second, qui est plus rapide, est celui de la croissance externe par rapprochement avec des entreprises déjà existantes. La croissance externe peut se faire par deux moyens :
1. L’acquisition d’un concurrent ou d’un opérateur intervenant dans la chaîne de production ou de commercialisation (acquérir un fournisseur ou un distributeur par   exemple) ;
2. La fusion avec un concurrent ou un opérateur intervenant dans la chaîne de production ou de commercialisation.
Moins «radical» mais moins efficace, le rapprochement peut se faire par la création d’une joint-venture (qui ne constitue qu’une coopération avec maintien de l’indépendance de chacun).
La question de la taille des entreprises marocaines doit notamment être reliée à celle de la problématique de la transmission des entreprises. En effet, les premiers commentaires du débat embryonnaire sur la transmission d’entreprise au Maroc (cf. étude en cours du cabinet BDO Jiwar et de l’ANPME à ce sujet) semblent faire apparaître (i) qu’il n’existe pas encore de marché de la transmission d’entreprise, d’une part, et (ii) que la non-continuation de l’entreprise par un membre de la famille, au moment du départ en retraite de son créateur, est souvent vécue comme un échec, d’autre part.
Relier les deux sujets évoqués ci-dessus (nécessité pour les entreprises de grandir et d’assurer la transmission des entreprises) constitue une voie pour répondre partiellement aux deux problèmes. En effet, il convient d’inciter et de favoriser la transmission des entreprises des dirigeants/entrepreneurs partant à la retraite au profit d’entreprises plus «jeunes» disposant des facultés et de la motivation de grandir (avec l’intervention des fonds d’investissement pour financer partiellement ces transmissions-regroupements et apporter un accompagnement technico-financier).
Pour cela, il convient de mener une politique en ce sens comportant deux aspects : (i) un aspect de sensibilisation auprès des dirigeants arrivant à l’âge de la retraite pour leur expliquer l’intérêt d’une transmission à un tiers plutôt que de voir disparaître l’entreprise et (ii) un aspect incitatif, par exemple fiscal : créer une fiscalité favorisant les transmissions-regroupements.
L’aspect sensibilisation doit être mis en œuvre notamment par la CGEM et par les fédérations sectorielles auprès de leurs adhérents par des réunions régulières auprès des entreprises et de leurs dirigeants, avec des experts, le cas échéant, pour leur expliquer les mécanismes de transmission possible et l’intérêt pour eux de voir la pérennité de leur entreprise assurée.
Quant au second aspect, des réflexions devraient être menées afin de trouver des incitations fiscales, sans peser sur le Budget de l’Etat, favorisant de telles transmissions-regroupements : droits d’enregistrement à taux réduits pour l’acquéreur, impôts sur la plus-value pour le cédant avec des mécanismes éventuels de reports d’imposition ou de taux progressif ou dégressif, etc.
Conclusion : le rapprochement des entreprises pour leur accroissement constitue un passage obligé pour les entreprises marocaines afin d’éviter leur disparition au moment du départ en retraite de leurs dirigeants /fondateurs (avec les effets négatifs que l’on sait sur l’emploi), d’une part, et de «muscler» les entreprises pour leur permettre d’affronter la concurrence internationale et espérer développer leurs exportations sur le marché de l’UE ou vers l’Afrique, d’autre part.