Entre Charybde et Scylla

Intervenir ou ne pas intervenir ? Les derniers développements en Syrie, avec l’utilisation avérée d’armes chimiques qui ont occasionné plus d’un millier de morts, placent la communauté internationale face à  un dilemme.

Intervenir ou ne pas intervenir ? Les derniers développements en Syrie, avec l’utilisation avérée d’armes chimiques qui ont occasionné plus d’un millier de morts, placent la communauté internationale face à un dilemme. Si le régime en place est, comme tout semble l’indiquer, l’auteur de ce dernier massacre, les nations du monde peuvent-elles continuer à rester passives et à laisser un dictateur gazer sa propre population en toute impunité ? Ou, au nom de la morale et de l’obligation de porter assistance à peuple en danger, doivent-elles agir pour signifier à l’homme de Damas qu’il a franchi le seuil de l’inacceptable ? Car la ligne rouge telle que définie par les Américains et les Européens aurait bel et bien été franchie. Des civils, parmi lesquels des centaines d’enfants (462), ont été froidement tués par une arme proscrite par le droit international. Le régime de Damas rejette les accusations dont il est l’objet, faisant porter le chapeau aux rebelles mais, hormis ses alliés, il n’y a pas grand monde pour le croire. On ne se bouscule pas pour autant au portillon pour le prendre à la gorge et lui faire rendre compte de son crime. L’ONU, bloquée par la Russie et la Chine, ne peut rien faire. La Ligue Arabe, tout aussi paralysée par ses divisions, se contente de condamner. Après avoir laissé croire à l’imminence de leur intervention, les Américains se sont ravisés, le président Obama ayant décidé de solliciter le vote du congrès avant de trancher la question. L’échéance est donc reportée au 9 septembre, date du retour de vacances des congressistes américains. Mais si, avec ou sans leur approbation, Obama opte pour l’intervention armée, celle-ci se fera sans la caution de l’ONU, donnant latitude à Damas de la présenter comme une agression de l’impérialisme américain dans un Moyen-Orient qui ne demande qu’à s’enflammer encore plus.

Pourtant Obama, pas plus que Hollande, tout autant convaincu de l’obligation de ne pas laisser pareil crime impuni, ne peuvent être rangés dans la catégorie de l’affreux impérialiste assoiffé de domination. Certes, en prônant une intervention armée, ces dirigeants défendent d’abord leurs intérêts stratégiques nationaux, sur le plan du leadership notamment, surtout pour ce qui est des USA. Leurs convictions personnelles en matière de morale jouent cependant aussi. Dans le cas du président Hollande, c’est assez évident, la France ayant davantage à perdre qu’à gagner dans pareille aventure. D’où la frilosité des autres Etats européens qui, tout en dénonçant, ne sont pas disposés à jouer aux Cassandre. Car, sur le plan militaire, avec la Russie à ses côtés, la Syrie n’est pas la Libye ou le Mali. A cela s’ajoute, élément fondamental, le fait que l’alternative à Assad n’existe pour ainsi dire pas. Avec une opposition syrienne dominée par les djihadistes, le risque est grand de voir le pouvoir actuel remplacé par plus abominable que lui.

Dans la poudrière syrienne mais aussi au-delà, au niveau de l’ensemble du monde arabo-musulman, tout le drame est là, dans cette absence d’alternative démocratique réelle. Par leur politique, les régimes en place ont fait le vide autour d’eux. La seule force à avoir survécu au laminage politique est celle des islamistes dont la stratégie mais aussi les milliards injectés par les Saoudiens a été d’occuper le champ social et de coloniser les esprits. Une opération parfaitement réussie dont on paye  le prix fort d’un bout à l’autre du monde musulman. Malgré son «exceptionnalité» et même si c’est à un degré moindre, le Maroc n’a pas échappé à cette opération généralisée de lavage de cerveau. Voyez comment la majorité de nos jeunes pensent et réfléchissent. Il y a cinquante ans, nos pères étaient plus ouverts et émancipés qu’eux ! Pour redresser la barre, on ne se lassera jamais de le répéter, la seule vraie solution passe par l’éducation et par les valeurs dans lesquelles on fait grandir les enfants dès leur plus jeune âge. L’échec de l’enseignement dispensé par notre Education nationale ne se mesure pas juste sur le marché du travail. Il se lit dans l’incivisme, dans la manière de se comporter au quotidien, dans cette perte des valeurs d’éthique et de travail qui mine la société dans son fonctionnement général. Comment, dans un tel contexte, espérer voir fleurir la démocratie ? Impossible ! Car, pour s’épanouir, ce système politique doit impérativement s’adosser à une culture. D’où la priorité de l’éducation.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, dans un esprit de «plus jamais ça», des fondations, adossées aux partis politiques, ont fleuri pour «éduquer» à la démocratie. Elles ont contribué à faire tourner au pays la page du nazisme. C’est dire le rôle majeur que peut jouer la société civile. Dans le Maroc actuel, le dynamisme de la sienne constitue l’un de ses plus grands atouts. Mais cette dernière ne peut pas tout. C’est à l’Etat d’assumer le rôle majeur, celui de l’éducation. Dans son dernier discours, le Souverain a mis le doigt où cela fait mal. La réforme de l’éducation est remise à l’ordre du jour. Le Maroc a suffisamment perdu de temps. Les responsables actuels sauront-ils – enfin ! – faire les bons choix ?

Pour revenir à la Syrie, y aura-t-il intervention armée ? Celle-ci est-elle ou non légitime ? Au-delà des enjeux politiques, la morale se réinvite à la table, d’où la difficulté à se positionner. On ne peut rester les bras croisés face à ce peuple qu’on gaze et qu’on tue. Mais, dans le même temps, quelle est la meilleure manière de l’aider ? Bien malin qui saura répondre à cette question.