Energies renouvelables, enfin ça bouge !

L’Etat clarifie enfin sa position quant à  la place des énergies renouvelables dans les besoins énergétiques du pays, mais il reste que des mesures d’accompagnement doivent être prises.

Si on regarde le bilan énergétique actuel de notre pays, si on enlève le bois qui est malheureusement utilisé de façon dramatique pour nos forêts, les énergies renouvelables ne dépassent pas les 3%, hydraulique compris. En terme de pourcentage, vu le gisement actuel mesuré (vitesse moyenne des vents, ensoleillement), notre pays pourrait facilement atteindre les 10%. L’objectif peut paraître modeste mais cela serait déjà un premier pas. Certains pays visent beaucoup plus car la technologie éolienne a beaucoup évolué et on arrive à mieux prévoir la productivité des parcs, ce qui simplifie leur gestion par les compagnies électriques. Il ne faut pas aussi oublier que la politique énergétique pour un pays comme le Maroc, qui n’a pas (encore ?) trouvé de ressources d’hydrocarbures, se doit d’être diversifiée et nous devons étudier toutes les technologies existantes.

Cela fait plusieurs années que l’AMISOLE essaie de faire avancer les choses dans notre pays, mais il est clair que c’est le contexte international actuel de l’énergie qui nous a beaucoup aidés. Les politiques de diversification des sources énergétiques engagées à la suite des chocs pétroliers des années 70 par la plupart des pays industrialisés et certains grands pays en développement (Inde, Brésil) comportaient toutes un volet développement des énergies renouvelables. Le Maroc a créé le Centre de développement des énergies renouvelables en 1982. Le développement de ce type d’énergie avait été bloqué jusque-là par la découverte de sources plus denses, concentrées et faciles à transporter (charbon, pétrole, uranium). Mais l’atout principal des énergies renouvelables, qui leur a permis un développement technologique très important ces dernières décennies, est l’atout environnemental. L’accident de Tchernobyl et les phénomènes de pluies acides et de réchauffement de la planète ont relancé les politiques de diversification des sources énergétiques, mais cette fois-ci, non pas seulement pour des raisons commerciales et stratégiques mais surtout environnementales. Aujourd’hui c’est de nouveau l’aspect prix des combustibles fossiles qui relance le secteur.

Dans ce contexte, le Premier ministre a, en septembre 2005, donné le signal en soulignant, lors de la première réunion de la commission interministérielle en charge de l’adaptation et de la réorientation de la politique énergétique du Maroc dans le nouveau contexte mondial, la nécessité d’encourager l’exploitation des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, afin de contribuer aux efforts de diversification des approvisionnements. Le ministre de l’énergie a pour sa part annoncé que son département œuvrait pour encourager le développement des énergies renouvelables. Des propositions intéressantes et qui rejoignent nos attentes ont été formulées. La première concerne l’éolien. Aujourd’hui il y a un réel engouement de la part du secteur privé. L’expérience de la Cimenterie Lafarge avec son parc éolien de 10 MW a créé des émules. Il y a là une niche importante et il fallait faciliter son développement. Nous avons appris il y a quelques jours que l’ONE lançait une offre de service destinée aux industriels intéressés par l’autoproduction à partir d’énergies renouvelables. Celle-ci comprend 2 volets.

z D’abord, assurer le transit sur le réseau national électrique haute tension des points de production vers les points de consommation, ce qui permettra à des usines où il n’y a pas suffisamment de vent de ramener l’électricité d’origine éolienne de régions plus ventées.

z Ensuite, le rachat de l’excédent produit et non consommé par les autoproducteurs moyennant une rémunération augmentée de 20%, c’est-à-dire, si nos calculs sont bons, 60% du prix de vente. Nous ne pouvons que nous en féliciter même si nous aurions préféré une rémunération identique au prix de vente de l’ONE. En comparaison, en Europe, le rachat du kwh éolien est supérieur parfois de 40% au prix de vente. Autre point important : le ministre de l’énergie nous a promis de porter la limite de l’autoproduction de 10 à 50 MW. Ces deux actions montrent qu’enfin la carte des énergies renouvelables est prise en compte sérieusement dans notre pays.

S’inspirer des exemples français, espagnol ou tunisien
Dans le domaine de l’énergie solaire, au moment où les prix des énergies fossiles ont atteint des niveaux très élevés, plusieurs pays importateurs nets d’énergie ont pris des mesures importantes. Par exemple, l’Espagne a rendu obligatoire pour tout nouvel immeuble l’utilisation de chauffe-eau solaire, la France propose un crédit d’impôt qui couvre 40% de l’investissement et la Tunisie a décidé la réalisation de 500 000 m2 de chauffe-eau solaires à l’horizon 2009 ainsi que la mise en place de crédits préférentiels pour les énergies renouvelables. Au Maroc, dans ce domaine, nous sommes aujourd’hui dans la situation où notre politique fiscale encourage le chauffe-eau à gaz qui utilise un combustible importé et subventionné (le butane) et taxe le chauffe-eau solaire qui utilise une énergie nationale et propre. Cette aberration se doit d’être corrigée et comme incitation possible dans notre pays, outre un fonds pour les énergies renouvelables qui pourrait faire appel aux financements internationaux, les personnes qui œuvrent en ce sens souhaitent voir précisé le taux de T.V.A. applicable aux énergies renouvelables. Si nous comprenons qu’une subvention accompagnant les énergies renouvelables est difficile dans le contexte économique actuel, nous souhaiterions une TVA réduite (elle est de 20% aujourd’hui) afin d’encourager les utilisateurs à choisir cette filière. L’investissement sera toujours plus important pour le client final mais il pourra l’amortir sur une période plus courte. Le manque à gagner pour l’Etat restera très limité vu la taille du marché actuel.

Autre mesure préconisée par l’AMISOLE, qui travaille de concert avec le Centre de développement des énergies renouvelables, nous voudrions voir ce dernier renforcé afin qu’il mène à bien ses missions de mesure des ressources (principalement éoliennes) où il reste beaucoup à faire et de formation pour que ce secteur crée plus d’emplois comme on l’a vu dans plusieurs pays. Voilà un atout qui s’est révélé avec le développement des énergies renouvelables. En Allemagne, le secteur de l’énergie éolienne qui représente près de 7% de la consommation électrique emploie plus de 50 000 personnes alors que le nucléaire qui représente 30% de la consommation électrique emploie près de 20 000 personnes. De plus les projets utilisant les énergies renouvelables sont souvent développés dans des régions (monde rural, sites ventés) où ils développent les économies locales.