En attendant le plan Hakkaoui

14% des SDF sont des jeunes filles. Souvent, il s’agit de mères célibataires qui ont donné naissance à quatre enfants en moyenne, eux aussi condamnés à connaître les affres de la rue, dont l’exploitation sexuelle et la drogue.

Notre enquête sur les jeunes femmes SDF fait froid dans le dos (voir pages 35 et 36). Selon les statistiques officielles datant du dernier sondage du HCP, le pays compte plus de 7 000 personnes dans la rue (elles sont bien plus nombreuses selon les associations), dont 2 000 recensées à Casablanca. On peut dire que le phénomène des SDF est mondial. Soit. Mais quand il s’agit de mineurs, c’est une affaire autrement plus grave. Selon les milieux associatifs, la moitié des SDF de la métropole sont des enfants et 14% des jeunes filles âgées de 12 à 18 ans. Souvent, il s’agit de mères célibataires qui ont donné naissance à quatre enfants en moyenne, eux aussi condamnés à connaître les affres de la rue, dont l’exploitation sexuelle et la drogue.

Beaucoup deviennent SDF à leur tour en fuyant les orphelinats, les centres d’accueil malfamés ou les familles d’adoption. C’est dire la tragédie qui se joue sous nos yeux. Assez nouveau dans sa composante féminine, puisqu’il date de la fin des années 2000, le phénomène prend de l’ampleur et exige des actions urgentes et coordonnées. Chose qui fait défaut aujourd’hui. Le tant attendu «Projet de politique publique de l’intégration et de la protection de l’enfance» est en préparation depuis 2013. C’est lui qui devrait apporter des réponses concrètes à ce problème, mais à date d’aujourd’hui, il n’est pas encore bouclé et n’avance que très lentement, nos politiques ne prenant pas la pleine mesure de l’urgence de la situation.
Comme l’a tristement résumé une militante associative, une jeune femme dans la rue aujourd’hui c’est un bébé SDF neuf mois plus tard…Et si le ministère a besoin d’autres indicateurs alarmants pour faire bouger les choses, notons qu’un SDF sur trois est un handicapé et que 4% sont âgés de plus de 70 ans.