En 2008, on devra trouver des solutions à  nos bons vieux problèmes

Si le Maroc ne fait pas plus de réformes, et de meilleures réformes, il risque de voir sa croissance pà¢tir des facteurs exogènes. Dans l’agenda de ces réformes, certaines,
à  l’ordre du jour depuis des années, sont prioritaires.
Elles concernent la relance du plan Emergence, l’agriculture, le déficit commercial, la clarification
des modes opératoires de l’INDH, une vision structurante pour l’assurance maladie et les retraites.

Le gouvernement va-t-il revoir à  la baisse sa prévision de croissance pour 2008 ? L’environnement international n’est plus aussi porteur qu’au printemps, lors de l’élaboration des premières estimations de la croissance : la crise immobilière perdure aux Etats-Unis, les cours du pétrole pointent de nouveau à  leur plus haut niveau. Alors que l’économie mondiale devrait voir sa croissance ralentir dans la foulée de la crise des subprimes, personne ne sait si les turbulences vont disparaà®tre au premier ou au deuxième semestre de 2008. A cause de la crise financière, l’investissement en Europe va pâtir de conditions de financement plus dures, même si la consommation devrait soutenir l’activité. Mais d’un autre côté, l’euro continue de grimper, pénalisant les exportations européennes et les performances de nos principaux partenaires. Autant de facteurs pesant sur l’activité économique de la zone euro et avivant les tensions inflationnistes. La croissance économique est devenue plus modérée et les risques de ralentissement se sont clairement intensifiés. Les nuages pointent clairement à  l’horizon.

Le Maroc n’est évidemment pas épargné par la dégradation de son environnement économique et financier. L’année agricole a mal démarré. Pourtant l’exécutif maintient inchangée sa prévision. Le gouvernement tablait sur une croissance de 6,8% l’an prochain. Les prévisionnistes se montrent, eux, plus circonspects. Ils jugent trop optimistes les perspectives du gouvernement et prévoient une performance moindre en évoquant la persistance des facteurs défavorables en 2008. En fait, au-delà  de la conjoncture internationale ou de la pluviométrie, les «incertitudes» de la croissance pointent ce qui handicape le Maroc. La vulnérabilité de notre économie a pour nom une compétitivité dégradée, un chômage élevé et incompressible… Autant de maux que l’euphorie de l’immobilier de ces deux dernières années avait fait oublier. Et qui risquent de remonter à  la surface aujourd’hui. Les faits sont cruels. Un tissu économique fragile, une dépendance asservissante. A explorer les causes de cette fragilité, on trouverait bien sûr des indicateurs défavorables de la compétitivité. Par exemple ceux du classement établi par le World Economic Forum. Ceux-ci, certes grossiers, signalent la stagnation du Maroc au soixante-cinquième rang mondial parmi cent vingt pays. On trouverait aussi les indicateurs du développement humain : le Maroc recule et fait moins bien que des pays moins dotés en ressources. Difficultés à  réformer notre «modèle économique et social» ? Sans doute. Et, plus encore, incapacité à  mettre en Å“uvre les réformes autrement qu’en termes de directives, à  redéfinir une identité collective, un projet avec ses priorités en matière d’éducation, d’économie, de solidarité. La faute aux élites ? Débat stérile que celui qui oppose le peuple à  ses gouvernants : on a les élites que l’on mérite.

Alors comment faire ? Le gouvernement El Fassi profitera-t-il d’un ciel qui semble plus clément pour changer le pays ? Si, depuis l’avènement du nouveau gouvernement, il y a eu une déclaration musclée et beaucoup d’annonces, il ne suffira pas de mettre sur la table des intentions mais il faudra des décisions politiques et des résultats. Si le Maroc ne fait pas plus de réformes, et de meilleures réformes, il risque de voir sa croissance pâtir des contraintes des facteurs exogènes. Dans l’agenda de ces réformes, certaines sont prioritaires parce qu’elles sont à  l’ordre du jour depuis des années. Et d’abord, la relance du Plan Emergence. Un plan aux grandes ambitions mais qui tarde à  impacter le secteur industriel. Ensuite, une réforme agricole réussie lèverait l’une des lourdes hypothèques qui pèsent sur la croissance – à  l’inverse, une réforme ratée éloignerait la reprise, comme en 1999. Il est également temps de prendre conscience que la valeur du dirham n’était qu’un bouc émissaire de la dégradation du déficit commercial et que les secteurs exportateurs marocains ont des problèmes différentiels qui ne sont pas liés directement aux taux de change mais à  des problèmes de «spécialisation». Enfin, parce que, avec le temps, le corps social mûrit, l’INDH a besoin d’une plus grande clarté dans ses modes opératoires et les chantiers de l’assurance maladie et de la retraite sont en attente d’une vision structurante. En 2007, la croissance de l’économie ne s’évaluera pas seulement à  l’aune des indices boursiers ou des bilans des entreprises du bâtiment, mais à  la réalité des solutions trouvées à  nos bons vieux problèmes.