Elémentaire, docteur Watson !

Si je suis de couleur café au lait et que je porte une petite main en argent, dite «de Fatima», contre le mauvais Å“il, statistiquement et scientifiquement, je suis quoi, déjà  ? ADN : Africain du Nord ?

L’humanité ne serait donc plus cette famille unique abritée par une maison commune ? C’est du moins ce que tentent de prouver certains scientifiques, dont un Prix Nobel de médecine cuvée 1962, James Watson. Pour ce dernier, qui est aussi le codécouvreur de l’ADN, l’intelligence des Africains n’est pas la même que celle des Blancs occidentaux. Dans une déclaration à  la presse britannique relevée dans une enquête menée par le journal Le Monde (31/10/2007), le Dr Watson affine et déclare qu’il est «profondément pessimiste sur le futur de l’Afrique parce que toutes nos politiques de développement sont basées sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre, alors que tous les tests disent que ce n’est pas le cas». Il va même se faire sociologue et citer, en plus des tests, le cas de «ceux qui ont eu affaire à  des employés noirs». Dans son excellente enquête, le quotidien français passe en revue les avis autorisés de spécialistes comme Axel Kahn pour contrecarrer cette «tentation de la race» qui s’empare de plus en plus de certains intellectuels et scientifiques. Tous ces experts ont réfuté les inepties véhiculées par de pseudo recherches scientifiques et rappelé que cette tentation est récurrente et puise sa source dans certains mouvements idéologiques et scientifiques déterministes et inégalitaristes tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Nombre de textes et recherches similaires sont parfois publiés dans des revues scientifiques spécialisées et ardues. C’est sans doute pourquoi le grand public, et heureusement, y a très rarement accès.

Sans essayer d’entrer dans les détails et réfutations scientifiques assénés à  coups d’ADN, de génome et autre héritage génétique, on ne peut que s’émouvoir de ce regain de racisme antiafricain qui surgit au sein des corporations des gens du savoir. Il ne peut que nourrir davantage les préjugés et encourager les discriminations chez l’homme de la rue en Occident. A l’heure o๠le repli identitaire et religieux se renforce partout dans le monde avec les conséquences dramatiques que l’on sait, le rôle des hommes de science et de connaissance n’est-il pas de mettre la raison au centre des relations entre les hommes ? Visiblement, ce n’est pas le cas de M. Watson qui repique aux vieux relents du racisme ordinaire. Nobélisé il y a 45 ans, M. Watson veut revenir sur la scène médiatique par la voie la plus abjecte et sous couvert de sa légitimité scientifique. Le père Nobel a dû se retourner dans sa tombe, lui le chimiste inventeur de la dynamite qui chercha sa rédemption dans la création d’une Å“uvre philanthropique et humaniste. Il y a, en effet, des prix Nobel qui sentent la poudre pour ne pas dire autre chose. Mais il n’y a pas que devant les propos de ce lauréat que l’on se bouche le nez. Certaines décisions politiques concernant les étrangers exhalent aussi quelques effluves malsains et peuvent pour le moins choquer. On a suivi les débats autour de la loi sur l’utilisation des tests ADN pour juguler le flux migratoire en France et oà¹, même un membre du gouvernement, Fadéla Amara, a trouvé le procédé «dégueulasse». D’autres décisions visant, quoiqu’on en dise, les mêmes objectifs, à  savoir le contrôle des hommes, ont recours à  la science pour se dédouaner. Les statistiques ethniques violent ainsi l’intégrité de l’individu avec des questions aussi saugrenues que drolatiques : «De quelle couleur, vous diriez-vous ?» ; ou la question qui tue : «Avez-vous une religion ? Laquelle ?» Imaginez l’air d’un Français d’origine vietnamienne qui se gratte la tête pour trouver la réponse adéquate. Quoi déjà  ? Jaune ? La couleur de la peau des Asiatiques est-elle scientifiquement jaune ? Et Jamel Debbouz, de quelle couleur est-il ? Marron ou marrant ? Et puis il y a aussi tout le folklore autour de la question du signe extérieur de religiosité. «Dans votre vie quotidienne, portez-vous en public un vêtement ou un bijou qui peut évoquer votre religion ?» Maintenant, si on répond : je suis de couleur café au lait et je porte une petite main en argent, dite «de Fatima», contre le mauvais Å“il, mais les gars de SOS Racisme l’ont déjà  adoptée pour leur slogan «Touche pas à  mon pote», statistiquement et scientifiquement, on est quoi, déjà  ? ADN : Africain du Nord? Restons dans la couleur pour préciser que les cartes gagnantes sont déjà  distribuées. La couleur jaune, c’est celle de la maladie et chez les syndicalistes celle de la trahison. Lorsqu’on est noir, on est cramé, carbonisé et marron ou basané, ce n’est pas net comme couleur. Mais blanc, ça c’est de la couleur pure : la pureté du lait, l’innocence des anges et l’âme immaculée. On n’a pas besoin de test ADN pour opérer une hiérarchie inégalitaire entre les hommes. Un peu de linguistique et de sémantique suffirait. Elémentaire, docteur Watson !