Ecran noir

Cela suffit de n’avoir plus, au menu de chaque jour, que de la barbarie, de la folie, de la détestation et la misère humaine sous toutes ses coutures. Plus envie de voir, plus envie d’entendre. Coupez le son, coupez l’image, l’être humain n’est pas que cela. Il sait aussi être bon, il sait aussi être tendre. La générosité, la solidarité, l’amour du prochain font également partie de sa nature.

Oyez, oyez, bonnes gens, le trou au-dessus de vos têtes se résorbe. Pas celui des finances publiques, ni du tissu social mais le trou de la couche d’ozone. Selon une étude américaine publiée le 30 juin, il a diminué de plus de 4 000 000 de km2, soit environ la moitié de la superficie des USA. Les bonnes nouvelles sont si rares qu’il ne faut pas bouder son plaisir. Et cette victoire l’est d’autant plus qu’elle est un signe d’espoir non seulement pour la santé de l’humanité mais pour ce qui est de sa capacité à se mobiliser efficacement contre les dangers qui la menacent.

Le trou de la couche d’ozone a été découvert en 1985. Deux ans plus tard, cette découverte conduisait à la signature, par 196 pays, du premier traité environnemental international, le protocole de Montréal. Présenté comme une menace mondiale, ce trou dans la couche d’ozone avait, dans ces années 80, suscité les plus grandes inquiétudes. L’ozone est ce gaz, concentré à 90% dans la stratosphère, entre 20 et 40 kilomètres, qui joue le rôle de filtre anti UV. Il absorbe en effet une grande partie des rayons du soleil, surtout les rayons UV-B, les plus dangereux. L’absence de cette protection provoque des cancers de la peau à la chaîne ainsi que des dégâts oculaires considérables. Ce qui détruit l’ozone, ce sont les gaz chlorés, les CFC utilisés dans les bombes aérosols et les réfrigérateurs. A Montréal, en 1987, il a donc été décidé de les interdire. Il aura fallu des décennies pour que les réglementations mises en place portent leurs fruits. Mais, depuis 2000, date à laquelle la couche d’ozone a commencé à se résorber, ce sont deux millions de cancers de la peau par an qui auront été évités de la sorte. Le trou, dans sa totalité, devrait disparaître à l’aune de 2060.

Une bonne nouvelle donc pour se ragaillardir et retrouver des raisons de croire dans le génie humain, surtout, quand, par ailleurs, l’actualité qui nous est servie est constamment nourrie par les faits sanglants. Juin s’est achevé et juillet a démarré sur la même donne : l’horreur terroriste. Istanbul, mardi 28 juin : 45 morts; Dacca, vendredi 1er juillet : 20 morts; Bagdad, samedi 2 juillet : 213 morts, l’un des pires attentats jamais perpétré dans le pays. Daesh, en perte de vitesse sur le terrain, passe à la vitesse supérieure. Pas de trêve, ni pour l’été ni pour l’Aïd. Pour qui a la chance de ne pas la subir en direct, la violence est servie en live, entre la poire et le fromage, jusqu’à saturation. Vécue par procuration, elle parasite l’esprit, y imprègne ses images. On s’y englue, à étouffer. Et on étouffe à n’avoir plus qu’elle comme prisme du monde, comme s’il n’était que cela, de la peur, de la douleur, de la haine et la mort en embuscade partout, et à tout moment. Alors, à la fin, on a envie de dire «basta», cela suffit. Cela suffit de n’avoir plus, au menu de chaque jour, que de la barbarie, de la folie, de la détestation et la misère humaine sous toutes ses coutures. Plus envie de voir, plus envie d’entendre. Coupez le son, coupez l’image, l’être humain n’est pas que cela. Il sait aussi être bon, il sait aussi être tendre. La générosité, la solidarité, l’amour du prochain font également partie de sa nature. Pourquoi faut-il ne montrer de l’humanité que sa face la plus sombre, la plus cruelle, contribuant par ce fait à nourrir celle-ci davantage? Par ces temps où les quotidiens sont difficiles pour beaucoup, on a besoin d’autre chose. De belles histoires qui boostent, qui réinvitent l’espoir à la table, qui nous refont nous aimer et aimer autrui. Des médias l’ont compris, ils ont lancé l’Impact Journalism day. Chaque 25 juin, ils sont une cinquantaine de supports internationaux à consacrer leur édition à une centaine d’innovations et d’expériences réussies qui changent le monde en bien, améliorent la vie des gens et soulagent leurs souffrances. Mais des Impact Journalism Day, il nous en faudrait tous les jours. Avec sa terreur, Daesh est en passe de remporter son pari, celui de monter les communautés les unes contre les autres. Et les médias l’aident en assurant une visibilité à ses méfaits. Alors, qu’on arrête ! Plus d’images, plus de visibilité, plus d’impact. Fait-on un focus sur chaque accident de la circulation ? Or il y a infiniment plus de chances de mourir sur la route que dans un attentat terroriste ! Ou d’un cancer de la peau ! La réduction du trou d’ozone grâce à l’effort conjugué des nations, ça, c’est une nouvelle qui mérite qu’on s’y attarde. Et écran noir sur la noirceur humaine.