Du rôle de la presse dans certains dossiers

En France, un général de division avec rang de ministre d’Etat, ressortissant d’un Etat africain riche en hydrocarbures ,s’est fait interpeller à  la Préfecture française où il s’était ingénument rendu pour valider un titre de séjour. Présenté à  un juge d’instruction, il a été aussitôt inculpé pour… crimes contre l’humanité. Mais, laissé libre de ses mouvements (sur la demande expresse du parquet), il a immédiatement (et prudemment) préféré s’envoler pour la Chine.

La presse est souvent prompte à s’enflammer pour tel ou tel sujet, ce qui est certes son rôle, mais à condition de respecter une certaine tenue, dictée par la déontologie et le souci de la véracité. Mais parfois, on assiste médusés à des débordements, des amalgames, des commentaires inexacts, des oublis, donnant naissance à des rumeurs, suppositions ou certitudes totalement infondées.

Revenons un instant sur la grâce royale (révoquée depuis), accordée suite à une série de dysfonctionnements à un pédophile notoire et dangereux pour toute société qui se respecte. Tout a été dit, ou presque dans cette affaire, mais il est intéressant de relever le comportement, en particulier, de la presse française. «Inouï», «incroyable», «impensable», sont parmi les épithètes (les moins choquants) utilisés à propos de ce dossier ; les commentaires étaient de la même veine, touchant pêle-mêle, le chef de l’Etat, l’administration, ou le gouvernement marocain, atteignant ainsi de fait le peuple lui-même. Ce sont des excès, certes, aussi convient-il de rappeler que la presse française n’est pas toujours aussi incisive, agressive ou percutante à propos d’autres affaires.

Récemment donc, en France, un général de division avec rang de ministre d’Etat, ressortissant d’un Etat africain riche en hydrocarbures, s’est fait bêtement interpeller à la Préfecture française où il s’était ingénument rendu pour valider un titre de séjour. Présenté à un juge d’instruction, il a été aussitôt inculpé pour…  crimes contre l’humanité. Mais, laissé libre de ses mouvements (sur la demande expresse du parquet), il a immédiatement (et prudemment) préféré s’envoler pour la Chine. L’affaire, jugée sans gravité, n’a pas fait les choux gras de la presse française, qui par contre se serait enflammée si pareil criminel avait été interpellé par un pays du tiers-monde. Et ce cas n’est pas un cas isolé : il y a mieux…ou pire, selon les interprétations. En France, comme chacun sait, la justice est souveraine, basée sur une stricte séparation des pouvoirs, ce qui est la moindre des choses au pays de Montesquieu et Voltaire.

Enfin, en principe. Car, il y a quelques années, le chef de la police d’un pays africain en villégiature à Paris, arrêté en vertu d’un mandat international, se retrouve en un clin d’œil incarcéré à la prison de la Santé, au cœur de la capitale française. Le brave homme était poursuivi pour crimes contre l’humanité, tortures, et disparitions forcées : quelque 350 personnes étaient portées disparues suite à des événements survenus dans son pays. Mais ce monsieur avait, comme on dit, le bras long, ce que policiers et magistrats français n’avaient sans doute pas assimilé à la lecture du dossier. Mais le mal était fait, et l’individu emprisonné dans l’après-midi s’apprêtait à passer sa première nuit en geôle.
Pas question, décidèrent les plus hautes autorités du pays, aimablement sollicitées par le pays d’origine du criminel. La chancellerie (ministère de la justice français), via le parquet, ordonna à un procureur de relever immédiatement appel de la décision d’incarcération, ce qui fut fait dans l’heure, aux alentours de 21h30. Sauf que la Chambre d’ instruction qui devait statuer sur cet appel n’a pas pour habitude de siéger la nuit, un vendredi de surcroît. Sa prochaine audience était programmée pour le mercredi suivant, et comme dit le dicton : A l’impossible nul n’est tenu. Mais dans la patrie de Molière, on dit aussi que «impossible n’est pas français», et, séparation des pouvoirs ou pas, il était impossible de laisser le gentil monsieur dormir dans une cellule… pour d’obscures raisons trop longues à détailler, résumées en un lapidaire «Raison d’Etat».

Aussi, la chancellerie (toujours aimable pour rendre service, mais pas souvent avec les délinquants usuels), convoqua illico un magistrat endormi, qui fit office de Chambre de l’instruction. Vers trois heures du matin, il décida ainsi (tout seul), en toute indépendance, que ses trois collègues s’étaient trompés, que les broutilles reprochées au prévenu ne justifiaient pas son incarcération (350 disparus, n’est-ce pas, ce n’est rien par rapport au génocide… cambodgien, par exemple), et ordonna sa remise en liberté immédiate, le convoquant pour l’audience du mois suivant. L’administration sachant faire preuve d’une rare diligence quand elle le veut, libéra donc l’intéressé à quatre heures du matin, lequel emprunta dans la demi-heure qui suivit un jet privé, et quitta l’Europe, définitivement et vraisemblablement sans idée de retour.

Indépendance de la justice, crimes contre l’humanité, libération abusive, pressions du gouvernement, raison d’Etat : autant d’ingrédients bizarres, qui ne furent pourtant que peu évoqués dans la presse française.

Donc, deux poids, deux mesures, quand il s’agit des affaires d’autrui ?