Du maintien de l’ordre dans les tribunaux

Il y a quelques années, des SDF avaient élu domicile à l’intérieur du tribunal, après s’être cachés dans des recoins et attendu le départ des fonctionnaires. La nuit, ils festoyaient sur les pelouses du tribunal à l’abri des regards indiscrets, et au matin, les fonctionnaires découvraient les vestiges de soirées bien arrosées !

C’est une véritable problématique dont on ne parle que rarement. Le tribunal est un endroit de paradoxes soumis à des règles de fonctionnement qui parfois peuvent s’avérer contradictoires.

Prenons par exemple l’accès même à un palais de justice, en principe libre et permis à tout le monde. En effet, la justice se rend publiquement, en garantie de son bon fonctionnement. Donc la présence de «spectateurs» est primordiale, et du reste, cela ne se dément pas : les tribunaux sont en permanence remplis de personnes qui n’ont rien à y faire, mais qui sont là pour assister à des audiences. Le spectacle étant gratuit, on se presse dans les salles d’audience, en particulier celles consacrées aux crimes et délits de tous genres. Car le Casablancais est aussi avide de sang et de violence, comme en témoigne la foule qui se presse tous les jours devant les grilles du tribunal pénal d’Ain-Sebaâ. Mais revenons à l’accès qui est libre…mais strictement contrôlé par les policiers en faction devant la porte. Ces derniers, en général, sont affectés à un tribunal pour la durée de leur carrière pour des raisons pratiques et évidentes. Au fil du temps, ils apprennent à connaître les habitués des lieux, fonctionnaires, avocats ou huissiers qui travaillent sur place, ce qui évite des vérifications intempestives. Il existe bien un portique de détection, mais il semble bien peu utilisé, puisque en permanence débranché. Les agents agissent au flair et à l’instinct, et cela fonctionne plutôt bien. C’est ainsi que, par exemple, un jour, le factionnaire avisa deux jeunes filles qui s’apprêtaient à pénétrer au tribunal de Casablanca…pratiquement en tenue de plage, en tout cas fort légèrement vêtues. Elles furent promptement refoulées, le policier leur expliquant que le tribunal est une Administration et qu’il convenait de se vêtir correctement avant de s’y rendre ! A l’intérieur même des tribunaux, il existe un poste de police chargé de veiller au maintien de l’ordre. Ce qui n’est pas évident, un tribunal étant un endroit où se jouent des drames, et où la tension est souvent vive. Les citoyens les plus calmes finissent toujours par perdre leur flegme dans l’enceinte d’un tribunal. Les réactions sont parfois assez vives, allant de l’altercation entre voisins, à l’empoignade d’une épouse par son mari, ou gifles infligées sans retenue. Alors, ça crie, ça hurle, ça tempête, ça s’invective : il n’est pas rare que des audiences soient suspendues, le temps que le président d’audience envoie un policier calmer les gens.

Dans les affaires pénales, les choses sont plus compliquées à gérer, car on juge alors des individus dangereux : criminels, violeurs, voleurs doivent être présents dans la salle d’audience lors de leur procès. Ce n’est plus l’affaire du policier en faction, mais celle d’une équipe aguerrie, bien entraînée et équipée d’armes lourdes. Au Maroc, on ne prend pas la sécurité à la légère et on préfère anticiper les événements. Donc plutôt prévoir des escortes efficaces que de se lamenter a posteriori une fois le drame arrivé. Et de fait, on ne s’évade pas facilement, tant les mesures de sécurité sont drastiques.

Le maintien de l’ordre et de la sécurité continue après la fermeture des tribunaux au public. Il s’agit d’éviter que des individus ne s’introduisent nuitamment dans les lieux…pour des raisons diverses. Il y a quelques années, des SDF avaient élu domicile à l’intérieur du tribunal, après s’être cachés dans des recoins et attendu le départ des fonctionnaires. La nuit, ils festoyaient sur les pelouses du tribunal à l’abri des regards indiscrets, et au matin, les fonctionnaires découvraient les vestiges de soirées bien arrosées ! On se souvient également d’une dame âgée qui adorait passer ses journées dans les tribunaux, passant de salle en salle, prodiguant des conseils aux différents justiciables qu’elle croisait, et allant même jusqu’à se lier d’amitié avec les fonctionnaires ou avocats rencontrés. C’était aussi une mémoire vivante de ces lieux, ayant notamment connu l’époque où la justice marocaine était rendue en français par des magistrats français.

La présence des forces de l’ordre est donc primordiale afin de s’assurer que le service public est maintenu, et que la Justice fonctionne sans (trop) de heurts ! Présence d’ailleurs appréciée des citoyens qui estiment qu’un tribunal doit imposer une certaine retenue, malgré les tensions exacerbées et les comportements irresponsables de certains justiciables.