Du débat politique

Ceux qui agitent la candidature Laenser à  la Primature font de la science-fiction. Istiqlal et USFP ne pourraient accepter une telle coalition que comme une déclaration de décès. Leur départ à  l’opposition signifie l’intégration dans l’équipe d’un parti nommé PJD.

Depuis des mois, classe politique et médias résument la politique aux spéculations sur le remaniement et à la promotion du PJD. A lire les déclarations des zaïms et les analyses des confrères, le gouvernement serait «paralysé», défaillant. La vérité est tout autre.
Si l’on juge cette équipe par rapport à la déclaration de Driss Jettou devant le Parlement, force et de constater qu’il est dans les temps. Des chiffres, établis, publics, n’intéressent pas nos analystes.
L’année 2003, malgré le 16 Mai, malgré le contexte international, a été une bonne année. Les fameux équilibres sont maintenus, la balance des paiements est excédentaire depuis 3 ans et, surtout, les nouvelles sur le front de l’investissement sont bonnes.
Il y a des indices qui ne trompent pas. La vente de ciments a augmenté de 11 % en 2003 et encore de 9% durant le premier trimestre 2004. La consommation d’électricité en milieu industriel a progressé de 26 %. L’importation de biens d’équipement augmente de façon conséquente.
Sur le terrain des réalisations gouvernementales, le PERG, Programme d’électrification rurale, est accéléré. 130 000 foyers ont été concernés en 2003, soit 700 000 de nos concitoyens. En 2007, le territoire entier devrait être concerné. Ce jour-là, il faudra rendre un hommage au père de ce programme, Abdellatif Guerraoui.
Les infrastructures lancées constituent un volume d’investissements unique dans l’histoire du Maroc. Or, il s’agit de projets ficelés, dont le financement est prêt, les appels d’offres bouclés.
Le tourisme continue d’augmenter grâce à une révolution passée sous silence : la libéralisation du ciel. Plusieurs compagnies étrangères ont accès aux différentes destinations hors de Casablanca.
Bientôt un Lisbonne-Fès sera possible à moins de 200 euros. Les dossiers Sodea-Sogeta et BNDE ont été réglés, le CIH est en voie de l’être.
Tout cela, pêle-mêle, montre que ce gouvernement, ou du moins une partie de l’équipe, est au boulot avec une certaine efficacité. Cela doit être mentionné ne serait-ce que par honnêteté politique. Or, si nous tenions un discours
objectif nous sortirions sans doute de la «sinistrose» de certains milieux.
Le problème politique, à l’inverse, est structurel. Il y a un vide politique parce que les partis traversent la crise la plus importante de leur histoire. Ils n’ont plus prise ni sur la société, ni sur leur organisation, ni même sur leurs propres choix.
Ceux qui agitent la candidature Laenser à la Primature font de la science-fiction. Istiqlal et USFP ne pourraient accepter une telle coalition que comme une déclaration de décès. Leur départ à l’opposition signifie l’intégration dans l’équipe d’un parti nommé PJD. Le vrai débat politique n’a toujours pas trouvé sa place au Maroc. Il concerne les forces de gauche, non pas autour d’une unité factice mais autour de leur projet.
Remettre la question sociale au centre de la politique pour retrouver l’ancrage au sein des forces sociales qui ont intérêt au changement est d’une urgence absolue. Il faudra le faire sans démagogie. Cela ne suffit pas, la gauche doit aussi répondre de manière claire sur des questions de société, les libertés individuelles, les relations internationales du pays, etc. Cette refondation culturelle pour ne pas dire idéologique est le préalable à la renaissance d’une vraie vie politique. Alors, et seulement alors, la question d’un rééquilibrage constitutionnel s’imposera. La fin de la politique ? Oui mais il n’y a qu’un moyen de s’en sortir : revenir à la politique saine, celle des idéaux pas celle des maroquins