DSK : l’incroyable !

Le seul fait d’imaginer que l’ex-potentiel futur président de la france puisse être coupable donne le vertige. Est-ce le pouvoir qui, à  force de faire fonctionner dans une bulle, ferait complètement perdre la mesure des choses ou le fait que les gouvernants sont des hommes comme les autres, objet comme les autres de faiblesses et de névroses ?

Stupeur, consternation, choc, séisme, aucun mot ne paraît suffisamment fort. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe en France. Au saut du lit, le dimanche 15 mai, les Français ont appris que leur favori pour les prochaines élections présidentielles, le socialiste Dominique Strauss Kahn, venait d’être inculpé aux USA pour agression sexuelle. Alors que ses concitoyens émergeaient du sommeil, le directeur du FMI et candidat potentiel à la présidence française était en état d’arrestation dans un commissariat de Manhattan. Quelques heures plus tôt, il s’était fait débarquer par la police américaine d’un avion d’Air France sur le point de décoller en direction de Paris. Une plainte déposée par une employée de ménage de l’hôtel Sofitel où il avait séjourné en était la cause. Selon les dires de cette personne, DSK l’aurait agressée sexuellement et tenté de la violer. D’où les chefs d’accusation sur la base desquels l’intéressé a été arrêté et inculpé par le parquet de New York, à savoir «agression sexuelle, séquestration de personne et tentative de viol».
Une telle histoire abasourdit bien au-delà des frontières de la France, tellement elle semble incroyable, invraisemblable. Voilà un homme, dont le job en faisait l’un des acteurs majeurs du monde, dont les chances de devenir président de la République française étaient immenses et qui, d’un coup, passe des ors et de la gloire à l’humiliation et au déshonneur. Un destin fracassé en plein vol, qui plus est, sur une affaire sordide. A moins que, très rapidement, celle-ci se révèle être le fruit d’une sombre machination, il y a là matière à profonde réflexion sur la fragilité des destinées et sur la complexité de la nature humaine.

Après le choc de la nouvelle, dimanche, le choc de l’image : celle de l’ex-potentiel futur président de la République française menotté et encadré par plusieurs policiers. Rien n’est épargné au directeur du FMI. Le lendemain, lors de sa première audience, les caméras sont à nouveau là, zoomant sur son regard fixe et sur ses traits tirés. Une femme préside la séance et elle ne fait pas de cadeau : pas de liberté sous caution pour DSK. La juge s’est rangée aux arguments du procureur qui a mis en avant le fait que la puissance et la richesse du directeur du FMI pouvaient lui permettre de s’extraire à la justice américaine en fuyant vers la France. Les téléspectateurs du monde entier peuvent alors juger de l’absolue égalité de traitement dont cette justice use à l’égard des justiciables. Pas de passe-droits pour les puissants, disent les images qui passent en boucle sur les télévisions du monde entier. La presse américaine fait des gorges chaudes sur le fait que DSK aurait demandé à bénéficier d’un traitement de faveur, demande qui lui aurait coûté plus de rigueur encore de la part de la police. C’est à un juge de permanence que Dominique Strauss-Khan est présenté et c’est dans une prison de très mauvaise réputation qu’il est conduit en attendant la seconde comparution du vendredi.

Cette histoire stupéfie, qu’il s’agisse d’un coup monté ou de faits avérés. Dans le premier cas de figure, c’est énorme mais dans le deuxième, plus encore. Comment est-il pensable qu’un homme aussi brillant et intelligent ait pu, à la veille de présenter sa candidature à la présidence française, se laisser aller à de tels actes ? Le socialiste français est présumé innocent tant que le contraire n’est pas démontré. Mais le seul fait d’imaginer qu’il puisse être coupable donne le vertige. L’addiction sexuelle serait-elle donc incontrôlable au point de conduire un homme au sommet de sa gloire au suicide politique ? Agir ainsi, maintenant, et aux USA de surcroît, si cela a vraiment été le cas pour DSK, cela relèverait tout simplement de la folie. Question alors : est-ce le pouvoir qui, à force de faire fonctionner dans une bulle, ferait complètement perdre la mesure des choses ou le fait que les gouvernants sont des hommes comme les autres, objet comme les autres de faiblesses et de névroses ?

Pour l’agression sexuelle qui lui est reprochée et qui se limite à une tentative de viol sur une adulte, DSK encourt jusqu’à 74 ans de prison ! Comment ne pas faire le parallèle avec une justice qui libère des violeurs d’enfants au bout de deux trois ans !