Double barbarie

Qui fera vraiment l’histoire de notre époque ? De ses tours, détours, délires, abjections. Des placards murés et des contradictions ténébreuses.

Qui fera vraiment l’histoire de notre époque ? De ses tours, détours, délires, abjections. Des placards murés et des contradictions ténébreuses. Qui a fait le plus de mal, de victimes ? Hitler ou Staline ? On se réjouissait, tout au moins, de la disparition des satrapes aux mains ruisselant de sang. On déchanta vite. Le ventre de l’oppression était fécond. L’humanité se mit en deuil permanent. Sans trêve, sans rémission. La rivalité oppose ce qu’un conseiller de Bill Clinton appelait le McWorld d’un côté et le Djihad de l’autre. Par McWorld, Benjamin Barber désignait la brutalité de la société marchande, de la raison calculatrice alliée au scientisme de rapace. En produisant une forme toxique de mondialisation, ce «processus» hors contrôle agresse les peuples, humilie les citoyens et les prive d’espérance. Il génère mécaniquement une «réponse» tout aussi barbare, d’après Barber : le Djihad. Cette dernière notion ouvre toutes les formes de crispation d’identité, de clôture, de micro-nationalismes haineux dont on a vérifié dans l’Ex-Yougoslavie ou en Norvège qu’ils portaient au pire. Comme autrefois avec le stalinisme et le nazisme, les deux barbaries, tout en s’affrontant, se nourrissent aujourd’hui l’une de l’autre et se fortifient, engendrant force horreurs, résistantes prodigieusement à toutes formes de mises en échec. Ce n’est pas demain la veille que le bourreau de Damas répondra de son génocide.