Dommages collatéraux

Dans un troquet, deux mouches à bière taillent une bavette :

– Ils sont gonflés ces Ricains ! Ils prétendent avoir éliminé Oussama Ben Laden, alors que c’est un pur mensonge. Tu crois à leurs salades ?

– Je n’en crois pas un mot. Je suis comme toi, on ne me la fait pas. Je suis sûr que Ben Laden est toujours vivant et qu’il est en train de se marrer de tout ce cirque.

– Il est trop fort, le bougre, il leur filera toujours entre les doigts. Et comme ils ont échoué pendant dix ans, ils ont inventé ce conte à dormir debout.

– Absolument d’accord avec toi. C’est une question d’amour-propre. Comme avec Saddam Hussein…

– Là, je t’arrête. Saddam, on a vu à la télé les images de son arrestation, son procès et sa pendaison.

– Pauvre idiot, tu es toi aussi tombé dans le panneau. Non, Saddam ne s’était jamais terré, il n’a jamais été débusqué et encore moins été pendu haut et court. Ce qu’on nous montrait c’était tout bêtement ses sosies.

– Je ne te permets pas de me traiter d’idiot, idiot toi-même qui essaie de me faire avaler des sornettes.

Les esprits s’échauffent, les noms d’oiseaux pleuvent dru et les anciens amis en viennent aux mains. Ils se font expulser du bar, poursuivent leurs débats à l’extérieur. Bilan: un œil au beurre noir, des lunettes brisées et une fracture de la mâchoire.