Dialogue social, la fin d’une époque ?

Tel qu’établi jusque-là , le schéma de dialogue social n’est plus adapté aux exigences d’un Maroc qui doit avancer. Il convient de créer un dialogue social direct, encadré par une charte nationale, entre le patronat et les syndicats et inciter l’Etat à  jouer son rôle de régulateur et de facilitateur.

«N ous avons le souci de concrétiser, dans un climat sain et serein, les objectifs de ces politiques sociales innovantes, et appelons donc à la mise en place d’un nouveau contrat social». C’est ce que déclarait, en substance, le Roi Mohammed VI dans son discours du Trône, le 30 juillet 2009.

Cet appel à la communauté économique, politique et aux acteurs sociaux confirme, si besoin était, la nécessité absolue d’opérer un virage dans notre vision des relations sociales. Partant, nous devons réfléchir, tous ensemble, à la construction d’un modèle social qui nous ressemble et qui nous projette durablement dans le XXIe siècle. Pour cela, l’esprit de responsabilité quant à notre façon d’appréhender les enjeux globaux de notre pays doit être la règle avec l’acceptation de quatre postulats de base qui sont un préalable à la construction d’un futur économique et social durable : primo, l’entreprise est le seul créateur de richesse ; deuzio, l’entreprise est le moteur du progrès social comme le progrès social est le moteur de l’entreprise ; tertio, le dialogue social n’est pas un débat mais une exigence quotidienne pour une performance durable de l’entreprise ; enfin, quarto, l’état est un régulateur et un facilitateur. On pourrait résumer la situation dans les différents postulats suivants, et ce, sans parti pris :

– Non reconnaissance du rôle des syndicats de la part des opérateurs économiques
– Patrons n’appliquant pas le code du travail
– Représentativité des syndicats faible
– Ambiguïté du rôle de l’Etat employeur et régulateur
– Syndicalisme d’opposition plus que de proposition
– Absence de modèle social pour notre pays
– Non-maîtrise des bases par les centrales syndicales
– Absence de maîtrise des enjeux économiques de la part des partenaires sociaux et problèmes de mise à niveau des centrales syndicales
– Blocage des amendements du code du travail.

Dans leur ensemble, je pense que ces postulats ne peuvent souffrir de contestation car ils sont exprimés par les uns ou par les autres. Si nous restons dans la posture du «je t’aime moi non plus», nous freinerons le développement de notre pays. Il nous faut faire un pas les uns vers les autres et accepter l’idée que l’on peut se faire confiance. La démocratie sociale a besoin que nous élevions le défi vers l’intérêt général plus que partisan. Il me semble qu’aujourd’hui le moment est venu de se parler en toute confiance et en toute transparence.

L’entreprise n’est pas l’ennemi des syndicats, l’entreprise ce n’est pas les patrons contre les salariés. Tout cela est d’un autre temps. Cela ne veut pas dire que nous sommes dans un monde parfait mais il ne faut pas jeter l’opprobre sur tous les acteurs économiques. De la même manière, tous les syndicats ne sont pas les ennemis du capital.

Nous avons besoin de partenaires sociaux forts pour construire un nouveau contrat social. Ils doivent être moins dogmatiques et plus pragmatiques et nous devons les y aider. Ils sont le rempart contre les abus dans certaines entreprises et c’est pour cela que nous devons construire un nouveau schéma de relation avec eux.

Dans cet esprit, nous pourrions créer de nouvelles conditions de dialogue  social direct entre le patronat et les partenaires sociaux pour faire évoluer l’environnement social et législatif et inciter l’Etat à jouer son rôle de régulateur et de facilitateur.

Ce dialogue social direct (DSD) doit nous permettre également de réfléchir avec toutes les parties prenantes sur la construction d’un modèle social national plus adapté à nos réalités tout en tenant compte de notre implication dans la globalisation. Nous sommes un pays en construction et nous avons le devoir de conjuguer nos efforts pour bâtir un pays compétitif économiquement et socialement.
Nous pourrions créer une charte nationale triennale pour un dialogue social bipartite qui définira les modalités, le rythme, les règles explicites -et sans ambiguïté- de fonctionnement et qui reconnaîtra et valorisera définitivement le rôle de chacune des parties prenantes y compris le rôle de régulateur de l’Etat.

Définir un agenda social triennal connu de tous qui déterminera les thématiques qui feront l’objet de négociations et de réformes. Par exemple, la réforme des retraites, l’AMO, l’IPE, les amendements au code du travail, les conventions collectives, le droit de grève. De manière plus élargie, tous les sujets qui serviront à installer un climat social serein et qui permettra à l’entreprise de s’occuper davantage de ses clients et de ses produits pour générer de la croissance et créer des emplois pourront être  inscrits dans cet agenda social.

Un dialogue social direct présuppose de parler un langage juste et sincère pour développer la confiance et la relation avec les parties prenantes dans une démarche volontariste, privilégiant le dialogue plutôt que la confrontation. Il nous impose une reconnaissance mutuelle des droits et devoirs de chaque partie prenante, en privilégiant l’intérêt général sur les comportements partisans.

L’ambition du dialogue social direct est, je pense, un bon moyen pour rétablir la confiance, pour rendre notre pays plus attractif, à l’heure où nous sollicitons les investisseurs étrangers et demandons aux acteurs économiques locaux d’investir, aux compétences marocaines de la diaspora de revenir. Il est temps que nous changions d’époque et que nous inventions notre modèle de relations sociales.