Devoir d’utopie

En Syrie, les Syriens dissidents et les zélateurs du pouvoir sèment la mort ; en Turquie, les Turcs écolos et les inconditionnels de l’AKP embrasent en chÅ“ur la place Taqsim..

En Syrie, les Syriens dissidents et les zélateurs du pouvoir sèment la mort ; en Turquie, les Turcs écolos et les inconditionnels de l’AKP embrasent en chœur la place Taqsim ; en Egypte, les Egyptiens hostiles aux Frères musulmans et les partisans du président Morsi s’affrontent avec quantité de dégâts, et le reste est à ce fratricide avenant, transformant une bonne part du monde musulman en théâtre de tragédies pyromanes et sanglantes dignes des mythologiques Atrides. A ce train, ces pays, dont les fondements semblent vermoulus, seront bientôt soufflés comme des châteaux de cartes, à moins qu’ils ne prennent le taureau par les cornes, en «prescrivant» l’idéologie de la fraternité. Non sans mal, tant ce sentiment demeure une catégorie morale très éloignée de l’ordre spontané. Ce n’est pas l’amour qui caractérise la relation entre frères dans les mythes fondateurs, mais plutôt la haine. Bref, la fraternité n’est pas un état de nature. Aussi, vouloir la transmuer en but de civilisation revient-il à inventer de l’utopie et souscrire à l’affirmation d’André Gide selon laquelle tout grand progrès de l’humanité est dû à de l’utopie réalisée. Faut-il rappeler le devoir d’utopie ? C’est au moment où l’on pense la fin de l’histoire qu’une nouvelle histoire commence.