Détention ou liberté provisoire ? Le choix est toujours délicat…

Pour un Marocain poursuivi en Norvège ou plus loin, se retrouver en liberté provisoire pose bien plus de problèmes logistiques que son maintien en détention. A l’intérieur de la prison, il est logé, nourri, et soigné…à l’œil, et peut attendre 6 mois avant que son affaire n’arrive en salle d’audience, il n’a aucun souci d’intendance, et il mettra à profit ce délai pour rencontrer ses avocats, élaborer les grandes lignes de sa défense et étudier, à tête reposée, toutes les options imaginables…

La justice est souvent au cœur des préoccupations humaines, du fait de ses répercussions sur la vie quotidienne. Les justiciables se posent parfois la question de savoir si ceux qui les jugent sont des hommes ou des extraterrestres, tant les décisions rendues sont difficiles à déchiffrer. Ainsi, par exemple, de ce que l’on appelle poétiquement la mise en liberté provisoire. Il s’agit de personnes poursuivies pour certains délits, et qui sont, pour les besoins de l’enquête, incarcérées dans un premier temps.

Puis, lorsque l’enquête a progressé, un magistrat décide de leur accorder la liberté provisoire, c’est-à-dire qu’ils vont être remis en liberté, sous certaines conditions. Ils doivent respecter trois règles : ne pas entrer en contact avec d’autres personnes poursuivies dans la même affaire, histoire d’éviter des concertations ; se présenter à chaque convocation des juges de l’instruction, et donc rester à la disposition de la justice, et, enfin, ne pas quitter le pays où ils sont poursuivis. Et ce, afin de garantir qu’ils seront bien présents le jour où se tiendra le procès. Et c’est bien cette dernière disposition qui pose désormais problème. Car, entre la fin de l’instruction et le début du procès plusieurs mois peuvent s’écouler. Mais, entre-temps, que se passe-t-il pour les prévenus? De prime abord, tout le monde est content, car des gens qu’on connaît ou qu’on apprécie vont voir le calvaire de la détention prendre fin. Mais est-ce si réjouissant que ça, une fois qu’on a pris connaissance des détails ? Voyons des cas concrets. En France, une vedette de la chanson marocaine vit sous ce régime depuis des mois. Non loin de lui, un célèbre théologien suisse vit la même situation.

Et bien plus loin, de l’autre côté de la Terre, un capitaine d’industrie, ex-patron d’un puissant groupe automobile, se ronge les sangs, en attendant la tenue de son procès, prévu pour l’automne 2020 ! Et donc, être libéré constitue d’abord un grand soulagement, qui très vite se retrouve atténué par les conditions réelles. Car, se retrouver en touriste, le temps d’une semaine, à Paris, Tokyo ou Londres est certes agréable. Mais sortir de prison, et être obligé d’y vivre plusieurs mois, est bien plus problématique. Il faut louer un endroit où habiter, prévoir un moyen de locomotion pour se déplacer, et vivre au quotidien, manger, boire, se soigner, faire face aux menus frais quotidiens, ce qui fait dire à certains que «la liberté a un prix !». Ce qui n’est pas faux, car être assigné à une résidence forcée change un peu la donne.

Et surtout requiert des moyens financiers conséquents, que tout le monde n’a pas. Et du reste, même ceux qui en ont les moyens voient alors ceux-ci fondre plus rapidement que neige au soleil. Et par ailleurs, quand on reste loin de ses bases pendant un long moment, cela signifie aussi que l’on ne travaille plus, que les rentrées d’argent sont limitées et que l’on vit sur des réserves financières. Qui, elles, ne sont pas illimitées. De tout ceci, les magistrats n’en ont cure.

Pour eux, remettre un individu en liberté, le sortir des affres de la détention, de la prison et de son ambiance lugubre, est déjà un beau cadeau qu’ils font aux intéressés. Alors, il ne faut pas venir les enquiquiner avec de sordides histoires de sous. Le problème est cependant bien réel, et les archives judiciaires comportent le cas de certains détenus qui ne réclament jamais une libération provisoire, arguant du fait qu’ils n’ont pas les moyens financiers pour respecter les conditions exigées.

Par exemple, pour un Marocain poursuivi en Norvège ou plus loin, se retrouver en liberté provisoire pose bien plus de problèmes logistiques que son maintien en détention. A l’intérieur de la prison, il est logé, nourri, et soigné…à l’œil, et peut attendre 6 mois avant que son affaire n’arrive en salle d’audience, il n’a aucun souci d’intendance, et il mettra à profit ce délai pour rencontrer ses avocats, élaborer les grandes lignes de sa défense et étudier, à tête reposée, toutes les options imaginables. Alors, détention ou liberté provisoire? Le choix est toujours délicat.