Des livres et des prières

Selon le quotidien algérien de langue arabe «Al Khabar», le muezzin (le moudden, quoi!) d’une mosquée de Mehdia en Algérie, «a appelé à la prière du Fajr plusieurs heures avant le rendez-vous, afin d’effrayer des cambrioleurs qui s’étaient introduits à l’intérieur de l’édifice et les pousser à quitter les lieux».

Un collectionneur enterré sous ses livres pendant deux jours. C’est une des informations insolites que l’on a pu lire, presque par inadvertance, il y a quelque temps, sur le fil d’une agence de presse entre un flot de dépêches relatant d’innombrables drames de l’humanité à travers le monde. Alors qu’il cherchait un livre dans sa bibliothèque, le collectionneur en détresse, un New-Yorkais papivore, bascula et provoqua un éboulement d’ouvrages et de magazines qui vont l’ensevelir deux jours durant. Selon ses voisins, qui finiront par entendre ses cris avant de le délivrer – non sans mal car des piles de bouquins avaient bloqué la porte de son appartement -, le collectionneur avait l’habitude de parler tout seul à ses livres. Voilà pourquoi ils n’ont pas prêté attention à ses appels au secours pendant deux jours. Hospitalisé, le papivore souffrait de déshydratation.
Voilà une info que le grand et génial papivore argentin, Jorge Luis Borges aurait certainement appréciée à sa juste, drôle et symbolique valeur, lui qui, à cause d’une recherche similaire dans une bibliothèque publique de Buenos Aires, avait perdu la lumière de la vue après s’être cogné contre un rayon de livres. Amateur des textes laconiques et décapants, mais toujours chargés à la fois de poésie et d’ironie, il avait déclaré au quotidien Le Monde dans les années 80 : «Ordonner une bibliothèque est une façon silencieuse d’exercer l’art de la critique». Le collectionneur américain victime de l’éboulement livresque, moins silencieux que le critique borgésien, n’aurait pas apprécié – s’il disposait des œuvres de Gaston Bachelard dans sa collection – cette affirmation du philosophe français: «Le paradis, à n’en pas douter, n’est qu’une immense bibliothèque».
En tout état de cause, on ne peut qu’apprécier ce genre d’informations lorsqu’on passe en revue les faits et événements tels que relatés par les médias de nos jours. Trempées dans le fer, le sang et l’esbroufe, ces informations redondantes puis passés par le miroir grossissant du média, sont en passe de banaliser la violence et de relativiser l’injustice. Par ailleurs, aujourd’hui plus que jamais, nombre de journalistes ne pratiquent ni le doute ni l’humilité face aux événements. Jouant aux «accélérateurs d’opinion», ils font croire à leur omniscience et à leur don d’ubiquité. «On sait tout et on est partout», tel est le credo de l’info à l’ère du vite et du vide. L’air de rien, revenons à la thématique de la bibliothèque pour citer un auteur, Sacha Guitry, qui n’était pourtant pas le plus modeste de sa génération: «Avec ce que je sais, on pourrait écrire un livre. Il est vrai qu’avec ce que je ne sais pas on pourrait faire une bibliothèque».
Toujours dans la rubrique de l’insolite, une autre info qui n’est pas toute fraîche non plus mais qui vaut son pesant de rire. Selon le quotidien algérien de langue arabe Al Khabar cité par la MAP, le muezzin (le moudden quoi !) d’une mosquée de Mehdia en Algérie, «a appelé à la prière du Fajr (l’aube) plusieurs heures avant le rendez-vous, afin d’effrayer des cambrioleurs qui s’étaient introduits à l’intérieur de l’édifice et les pousser à quitter les lieux.» On imagine la tête des fidèles, réveillés intempestivement par les appels du moudden, jetant un œil endormi à leur montre avant d’égrener un chapelet de noms d’oiseaux halal au pied du minaret à l’adresse du vigilant et insomniaque muezzin. Quant à la tête des cambrioleurs, on ne sait pas ce qu’il y avait dedans cette nuit-là pour monter un tel braquage dans la maison du Bon Dieu. Certes, les voies du Seigneur sont insondables mais la voix du muezzin qui porte loin a porté la parole divine et c’est ainsi qu’Allah est grand. Mais comme le monde est petit, par contre, et que nous sommes bien peu de choses dans cette vallée de larmes, on finira par retrouver ces braqueurs sans foi ni loi, qui plus est provocateurs de prière avant l’heure. Et après cela, on vient nous dire que l’on ne se marre pas en terre d’islam.