Des chiffres pour rire et pour rien

Comme l’a dit Mark Twain en rigolant, parce qu’il vaut mieux en rire
: «Les faits sont têtus. Il est plus facile de s’arranger avec
les statistiques».

L’argent ne fait peut être pas le bonheur mais il fait des têtes bien faites sinon bien pleines au niveau de l’apprentissage. C’est du moins ce que vient de révéler une enquête internationale menée par le Programme international de suivi des acquis des élèves (Pisa) sous la houlette de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et de l’UNESCO et dont l’a gence MAP nous a livré un bon résumé la semaine dernière. En effet, selon cette enquête, plus on est riche, meilleur élève on est, avec, précise-t-on, quelques exceptions du coté de l’Albanie et de l’Islande puis en Asie où l’école est plus influente que le milieu socio-économique. D’autres tendances ont été dégagées par cette prospection. Il existe, comme de bien entendu, des exceptions qui viennent contrarier les statistiques, cette science qui privilégie les cases et les grilles, comme celle qui veut que les parents épris de littérature et d’arts aient des enfants performants. Figurez-vous que si c’est le cas un peu partout dans le monde, ça ne l’est pas du tout en Asie, notamment en Chine. Sacrés Chinois ! Empêcheurs de calculer en rond, ils ne font jamais rien comme les autres.
Ainsi donc vont les statistiques tant elles se vérifient, comme disait un politicien français, lorsqu’il s’agit de la maladie mais se révèlent fausses quant au malade ; de même pour la population par rapport à l’individu. On sait que le nombre dans les statistiques est égal à un chiffre qui est lui-même assimilé à une lettre, laquelle, de son coté, est considérée comme une inconnue nommée (x). C’est ce qui a poussé deux journalistes de Libé (France), Marie-Joelle Gros et Emmanuel Davidenkoff, à débuter leur article, sur la dite enquête du Pisa, par cette succulente définition : «Evidemment, les statistiques sont cette science qui prétend qu’avec la tête dans le frigo et les pieds dans le four vous vous sentez très bien… en moyenne». Tout est donc dans la moyenne car c’est dans ce compromis que le statisticien trouve obstinément et son bonheur et sa raison d’être. Et il y tient mordicus. Mais ne dit-on pas que les chiffres, sont têtus ? Ceux qui les manipulent et en font grand cas le sont sûrement davantage.
Cette digression critique et agacée étant faite, il faut avouer que les tendances, en statistiques comme ailleurs, sont bonnes à savoir si l’on veut un tant soit peu connaître son prochain. De plus, les statistiques en général viennent parfois conforter quelques préjugés ou les démentir. Par exemple, cette différence entre les garçons et les filles relevée par l’enquête sus-mentionnée et telle que citée par la MAP : «Le Pisa trouve que les filles ont de meilleurs résultats que les garçons en lecture dans tous les pays. Les garçons, cependant, ont de meilleurs résultats que les filles en mathématiques, sauf en Albanie». Il n’y a pas de quoi bouleverser la Moudawana mais c’est bon à savoir. On peut toutefois remarquer qu’en Albanie les garçons sont mauvais à la fois en lecture et en mathématiques.
Le lecteur, sans être fort en maths, a sûrement relevé qu’il n’est nulle part question du Maroc dans cette enquête quoique puisse le faire croire l’intérêt porté par la MAP et par le chroniqueur au Pisa (aux anchois !). Mais peut-être que tous ces chiffres ne nous concernent en rien ou alors formons-nous une exception à la chinoise – sinon une autarcie à l’albanaise – qui infirme la tendance selon laquelle les élèves dont les mères ne sont pas instruites ne font pas de bonnes études. Allez savoir avec nos statistiques locales brandies par les uns et par les autres depuis quatre décennies, ces réformes et ces chartes qui se suivent et s’annulent, ces colloques et résolutions depuis celui d’Ifrane dans les années soixante. On a vu les résultats et les faits. Et comme l’a dit Mark Twain en rigolant, parce qu’il vaut mieux en rire, «les faits sont têtus. Il est plus facile de s’arranger avec les statistiques».
Une dernière pour la route et pour rire, offerte par l’économiste et sociologue Alfred Sauvy : «Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales». Encore une ? D’accord, mais celle-ci est un peu chaude et vous ne risquez pas de la lire dans Al Asr : «Les statistiques, c’est comme un bikini. Ce qu’elles révèlent est suggestif. Ce qu’elles dissimulent est essentiel»