(Dés-) agréments

En dévoilant, par devoir de transparence, la liste des attributaires des divers agréments, le ministre des transports et de l’équipement a dégoupillé une bombe dont l’impact n’est pas, jusqu’à  présent, celui souhaité.

En dévoilant, par devoir de transparence, la liste des attributaires des divers agréments, le ministre des transports et de l’équipement a dégoupillé une bombe dont l’impact n’est pas, jusqu’à présent, celui souhaité. En effet, par son acte, Monsieur Aziz Rabah entendait faire ouvrir l’œil aux citoyens sur les abus du système d’octroi des privilèges et, du même coup, confondre les nombreux pique-assiette qui, jusqu’ici, se sont invités à la table des faveurs. Etrangement, ce ne sont pas les grenouilleurs avides jouissant de la manne qui attisent l’indignation populaire, mais des sportifs et des artistes qui se retrouvent mis à l’index au motif qu’ils bénéficient d’un agrément. Si une telle bronca est prévisible dans une société encline à brûler ce qu’elle a encensé la veille, elle n’en demeure pas moins outrancière et surtout injuste. De tout temps, les êtres qui portent (ont porté) haut les couleurs de leur pays ou contribuent à son rayonnement culturel sont récompensés d’une façon ou d’une autre. Il est naturel qu’il en soit de même pour nos illustres personnages, tellement illustres que leurs noms se trouvent gravés dans le marbre de la mémoire collective. Mais l’opinion publique, qui a ses raisons que la raison ne connaît point, ne l’entend pas de cette oreille, les prenant allégrement à partie, au point de leur insinuer un sentiment de culpabilité. Pendant ce temps, ceux qui profitent indûment de grâces et de privilèges dorment comme des bienheureux. Par cette bizarrerie, on touche du doigt notre exception culturelle.