Démocratures

Il n’y a pas si longtemps, notre monde était balisé..

Il n’y a pas si longtemps, notre monde était balisé. On pensait savoir où se trouvaient la démocratie et la dictature, situer sans peine l’horizon du Bien et l’axe du Mal, reconnaître au premier coup d’œil le visage des victimes et la face des bourreaux. Aujourd’hui, tout est embrouillé. La conscience planétaire a perdu un à un ses repères familiers. Une telle confusion est induite, en premier, par la montée en puissance de régimes d’autorité enrobés dans une démocratie formelle. Certes, la Chine présente un visage moins repoussant, depuis qu’elle a soldé les utopies meurtrières de Mao, mais ses dirigeants ne cessent de piétiner les libertés publiques. La Russie de Poutine se garde de supprimer toute opposition, en même temps qu’elle mène une guerre sans merci contre les «révolutionnaires», ainsi que l’illustre la condamnation à deux ans de camp des Pussy Riot, Maria, Ekaterina et Nadejda. Quant au Venezuela de Chávez, qui vient d’être réélu massivement, il conjugue allègrement les réformes sociales et les penchants autoritaires. Cette recette intrinsèquement duelle est de plus en plus appliquée par les systèmes politiques duplices, à la grande frayeur des authentiques démocraties arabes et occidentales, qui voient surgir dans leur giron de véritables «démocratures». Ce vocable-mot-valise, diraient les lexicologues-rapproche deux termes contradictoires (préfixe de «démocratie», suffixe de «dictature»), décrivant éloquemment cette monstruosité, signe sinistre de la déraison du temps.