De l’inconvénient d’être né pauvre

La polygamie est en baisse. Les temps sont durs pour tout le monde, ce qui explique cette tendance baissière car la conjoncture économique n’est pas propice à  un tel investissement matrimonial. Faut-il donc revenir aux fondamentaux monogamiques et attendre que
les clignotants soient au vert ?

Une grande partie de la presse locale a mis en relief cette information qui vaut ce qu’elle vaut : la polygamie est en net recul au Maroc. C’est du moins ce qui ressort d’une journée d’étude organisée par le ministère de la justice à  l’occasion du quatrième anniversaire de la promulgation du Statut de la famille, plus connu sous l’appellation arabe : Al Moudawana. En revanche, si l’on ose parler de revanche, on a enregistré plus de mariages en 2007 qu’en 2006. Un bon cru donc qui s’enrichit de plus en plus de femmes majeures mariées sans passer par un tuteur. On a aussi enregistré une augmentation de mariages de convertis à  l’islam et d’étrangers. Voilà  qui ne va pas déplaire à  ceux qui ont fait la gueule devant le recul de la polygamie et les mariages sans l’encadrement du père ou du grand frère. Ainsi tout le monde y trouve son compte et c’est pourquoi il est recommandé de publier des statistiques lorsqu’on en dispose.

Mais restons dans les chiffres pour préciser que l’étude va jusqu’à  livrer le nombre, en chute, de polygames entre 2005 et 2006 : 841 contre 811, soit une baisse d’une trentaine. En langage statisticien cela donne une baisse de 3,57%. C’est toujours ça de gagné – ou de perdu, c’est selon – pour les militants de la cause des femmes. Lesquels sont divisés, depuis la fameuse double marche pour l’égalité organisée à  Rabat et à  Casa, entre pro et anti-Moudawana. Ces derniers, dont d’ailleurs de nombreuses femmes, trouveront que 841 polygames en une année, ce n’est pas le «ras-de-maris» qu’ils attendaient. Mais les temps sont durs pour tout le monde, ce qui explique cette tendance baissière car la conjoncture économique, nationale et internationale, n’est pas propice à  un tel investissement matrimonial. Faut-il donc revenir aux fondamentaux monogamiques et attendre que les clignotants soient au vert ? On imagine le désarroi des stratèges qui doivent sans doute trouver que ces chiffres ne reflètent pas la réalité. Mais qu’est-ce que la réalité quand une religion, quelle qu’elle soit, censée organiser ou moraliser la première, s’en empare et s’y substitue pour la décliner en conduite de vie au nom d’une vérité suprême et incontestée? Vaste débat que l’on n’a pas ici la prétention, ni d’ailleurs l’envie, d’ouvrir tant des experts en tout et de tous horizons, ici et ailleurs, s’appliquent à  l’alimenter de verbiage médiatique ; le but étant toujours et encore de faire peur. Pourquoi ? Parce que la peur est le masque effrayant de tout pouvoir, politique, médiatique ou intellectuel.

Autres statistiques récentes d’une autre étude mais qui ne sont pas liées au sujet précédent ; encore que le religieux finisse toujours par croiser le reste. Il y aurait 200 000 mendiants au Maroc dont 51% de femmes. Là , au moins, la parité est respectée. Mais le pourcentage le plus troublant encore, c’est que 51,8% de personnes seulement s’adonnent à  la mendicité à  cause de la pauvreté. Les 49% restants se font donc de l’argent sur le dos du contribuable à  la bonne action, dont l’obole leur «rachètera une place au paradis» C’est d’ailleurs le slogan accrocheur en forme de prière de tout mendiant qui se respecte : chkoun bgha ichri blassa f’jenna ? («qui veut acheter une place au paradis ?»). Un bon sens des affaires jamais ne nuit au sens de la religion tant celle-ci est charitable et miséricordieuse.

Restons avec les pauvres, mais loin des chiffres, pour apprécier le reportage consacré récemment par le quotidien français Le Figaro à  Sara Hussein Obama, grand-mère paternelle africaine du candidat démocrate aux élections présidentielles américaines. Devenue la star de son petit village au Kenya, Sara, est, à  85 ans, une fervente fan de son petit-fils qui est en train de damer le pion à  Hillary Clinton aux primaires. Le petit village, non situé sur la carte, est en ébullition depuis que Barak Obama monte en puissance. Les médias du monde entier veulent, à  tort ou à  raison, y recueillir les réactions de la population démunie et notamment de Sara Obama. Mais on devine aisément l’attente de ces gens de peu, comme dans n’importe quel village du monde et surtout du tiers-monde. L’un des villageois, au fait des choses politiques, sait que si Obama est élu président, il ne pourra rien changer à  la politique intérieure au Kenya, mais «il nous aidera économiquement». D’autres attendent des visas pour l’Amérique, alors qu’un vieux villageois, plus réaliste et sans illusions, dit : «Si Barak pouvait faire goudronner la route, cela serait déjà  bien. On demandera à  Mama Sara.» C’est beau et simple comme la morale d’un conte chanté par un griot qui n’a jamais regardé CNN.