De l’aléa à  la vulnérabilité

C’est aux pouvoirs publics de délimiter les zones exposées
aux risques, d’y interdire tout type de construction, d’ouvrage, d’aménagement
ou d’exploitation ; et, dans le cas où des constructions ou exploitations
y seraient autorisées, d’y prescrire les conditions dans lesquelles
elles doivent être réalisées, utilisées ou exploitées.

Chaque année à travers le monde, des milliers d’individus sont affectés par les conséquences parfois dramatiques mais toujours destructrices des séismes, glissements de terrain, inondations et autres catastrophes naturelles. La violence de la nature est partout présente. Le territoire national n’y échappe pas. Néanmoins, le tremblement de terre d’Al Hoceima a surpris par son ampleur. La dimension sociale du séisme a déclenché des débats polémiques dans les médias et parmi le public. Le refrain est bien connu : «C’est la faute à…».
Au-delà des affirmations, parfois fausses, la confusion est souvent faite entre les notions d’aléa et de vulnérabilité. Si les dégâts liés aux catastrophes naturelles sont parfois importants, cela peut signifier que l’aléa, c’est-à-dire le phénomène physique lui-même a été intense. Comme cela peut signifier que la vulnérabilité de la population a augmenté, c’est-à-dire que les surfaces touchées sont loties, bâties, occupées dans des conditions peu appropriées…
Le séisme, comme la crue ou l’inondation, est un phénomène naturel complexe, dont la cause est d’abord physique. Mais, le même phénomène physique se produisant au centre d’une grande ville, ou au milieu du désert, aura des conséquences, en termes de dégâts, totalement différentes, parce que la vulnérabilité des zones touchées est différente. La vulnérabilité d’un espace n’est liée qu’à l’occupation du sol qui y est faite et aux enjeux socio-économiques afférents.
Dans de nombreuses régions du territoire, l’accroissement de la population conduit à l’augmentation des surfaces occupées par l’habitat, les établissements économiques, les réseaux de transport, les ouvrages hydrauliques, etc. Ces modifications du milieu naturel se sont faites généralement sans tenir compte de ses contraintes propres (régions sismiques, axes torrentiels, zones inondables, terrains instables, etc.) ni des dommages qu’elles lui imposent parfois. Compte tenu de la plus forte utilisation du territoire et de la multiplication des constructions dans d’éventuelles zones à risques, les dégâts potentiels ont également augmenté.
Le drame du Nord a révélé des failles. La cartographie des dangers n’est pas connue. Les systèmes d’avertissement et d’alarme sont défaillants. Les services de protection ne sont pas bien coordonnés. Les responsables locaux ne sont pas formés à la gestion des crises. Ces lacunes devraient être comblées et il faudrait intégrer les zones à risques dans les plans d’aménagement communaux en leur donnant un caractère juridiquement contraignant.
Soyons lucides : dans notre société, les individus prévoient rarement les conséquences des catastrophes naturelles. Hier les crues de l’Ourika, aujourd’hui le tremblement de terre les laissent, en plus du choc psychologique, dans une situation économique et sociale désastreuse car ils sont souvent mal couverts et mal informés.
C’est à l’Etat d’élaborer et de mettre en application des plans de prévention des risques naturels. C’est aux pouvoirs publics de délimiter les zones exposées aux risques, d’y interdire tout type de construction, d’ouvrage, d’aménagement ou d’exploitation. Dans le cas où des constructions ou exploitations pourraient y être autorisées, il faudrait prescrire les conditions dans lesquelles elles doivent être réalisées, utilisées ou exploitées.
Le développement d’outils, de méthodes et de services d’aide à la prévention et à la gestion des risques devient une préoccupation majeure dans le monde entier. Désormais, les autorités publiques seront soumises à une demande de plus en plus forte afin qu’elles disposent d’une information et d’une anticipation fiables, d’une organisation des équipes d’intervention adéquate et d’une meilleure évaluation de l’importance des crises et de leurs conséquences environnementales et socio-économiques.
Mesurer les vulnérabilités, en négocier collectivement les termes (dans le cadre de structures institutionnelles adaptées et d’une réglementation efficace), voilà les éléments d’une gestion efficace du risque de la catastrophe naturelle. Ils nécessitent la mise en commun de toutes les énergies dont la participation est indispensable à la définition d’une stratégie de gestion globale du risque