De l’abolition de la peine de mort

l’abolition de la peine de mort, ou son maintien dans l’arsenal répressif, est avant tout une question sociétale.

Le Maroc évolue, et sa société civile également. Témoin en est le débat lancé récemment concernant le principe de l’avortement. Mais parallèlement à cette question, il semblerait utile de joindre au même débat la réforme du Code pénal. Dans cette dernière, deux propositions doivent faire l’objet de profondes discussions, prenant en cause les acquis de la société dans le domaine des libertés individuelles, sans oublier les fondamentaux de notre pays, basés sur les préceptes religieux. Il s’agit du fait de criminaliser l’avortement, et du maintien de la peine de mort.

Dans le premier cas, la tâche s’annonce ardue, tant pour les législateurs que pour ceux qui auront la responsabilité de faire appliquer la loi. Le prochain texte prévoit en effet deux mesures phares, apparemment complètement déconnectées de la réalité quotidienne. Il s’agirait donc de réprimer pénalement les relations sexuelles hors mariage, et tant qu’on y est les avortements qui résulteraient de ces ébats. On comprend que ce texte soit d’origine partisane, mais il va à l’encontre du développement de la société. Celle-ci a connu de profondes mues, le niveau de vie a progressé, les femmes se sont peu à peu émancipées, et les relations sexuelles hors mariage, si elles se font discrètement, sont quand même entrées dans les mœurs, perçues comme une activité normale entre adultes consentants. Réprimer ce comportement naturel ne peut conduire qu’à des dérapages et des protestations dans un conservatisme dépassé.

Bien sûr, on pourra objecter que le projet de réforme prévoit (dans sa sagesse), les cas où l’avortement sera autorisé : en cas de danger pour la santé de la mère, ou de celle du nourrisson, ou en cas d’inceste. A-t-on pensé aux milliers de femmes habitant en milieu rural, vivant une sexualité normale et qui se retrouveront confrontées à des situations délicates ? Ou à tous les risques sanitaires liés à des avortements clandestins ? Car le rôle de la société n’est pas que de réprimer et sévir, mais aussi et surtout sensibiliser, former et éduquer.

Dans le second cas, il s’agit du maintien de la peine de mort dans l’arsenal pénal marocain. Cette décision paraît inappropriée, de l’avis des juristes interrogés.

En effet, actuellement, plus de cent personnes sont condamnées à mort au Maroc, dont quelques étrangers auteurs d’actions terroristes.  Mais le pays a décrété un moratoire de fait sur les exécutions, et de fait à part celle du commissaire violeur il y a quelques années, il n’y a plus de mises à mort. Position sage, réfléchie et audacieuse dans un pays en développement, mais où la criminalité suit la même voie en se durcissant. Et nous revoilà dans les paradoxes marocains. Cette peine existe dans le code pénal marocain dans 13 articles au lieu de 31 précédemment; c’est une avancée majeure, qui fait honneur au législateur marocain. Mais ces 13 articles suffisent pour que le Maroc reste inscrit sur la liste noire des pays pratiquant cette peine, ce qui ne peut que participer à la dégradation de l’image du Royaume à travers le monde. Et, d’autre part, il est avéré quasi scientifiquement, suite aux nombreuses études menées en Occident sur la question, que la crainte de la peine de mort n’arrête pas la criminalité, et n’a pratiquement aucune incidence sur les personnes aux comportements violents ou meurtriers.

Enfin, d’un point de vue religieux, la question fit aussi débat. Certains  savants la justifient, un peu comme la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent. D’autres arguent que seul le Créateur qui donne la vie possède le pouvoir de la reprendre. Argumentaires aussi valables les uns que les autres. Mais en définitive, et au-delà de toutes ces considérations, l’abolition de la peine de mort, ou son maintien dans l’arsenal répressif, est avant tout une question sociétale.

Notre société doit encore progresser et évoluer sur bien d’autres sujets, comme la réforme (entamée) de l’enseignement, la mise à niveau des infrastructures sanitaires, ou l’amélioration des services de la justice, avant de pouvoir débattre du bien-fondé ou non du maintien de cette peine…quand même assez barbare !