De la privation de liberté

tout en ne souhaitant à  personne d’aller en prison, il paraît utile d’informer les citoyens sur la réalité du milieu carcéral. Comme le définissait un responsable de prison, «la principale sanction est la privation de liberté

De la privation de liberté : les juristes adorent cette belle expression, car il n’y a qu’eux qui en comprennent vraiment le sens. En effet, pour le commun des mortels, il y a certaines choses qui paraissent naturelles : dormir, manger, bouger, circuler…, tout ceci paraît banal, mais essayez de faire une expérience simple : privez-vous de l’une d’elles, et vous constaterez les dégâts. La peine privative de liberté fait partie de ces ennuis qu’il vaut mieux éviter. On se retrouve dans des situations compliquées, et parfois dans un tel embarras… qu’on n’a plus qu’une envie : retourner vite en prison ! Explications. Prenons un quidam convoqué au commissariat pour un banal accrochage de voitures. Il y apprend incidemment que c’est plus compliqué, qu’il y avait un enfant à bord, qui a été sérieusement blessé, et que la police a reçu des instructions pour présenter le conducteur au parquet. A partir de là, fin de la liberté. On n’a plus le droit de quitter le commissariat,  tout le monde se dirige vers le tribunal, où l’on apprend que le substitut de service, retenu ailleurs, va tarder. L’attente commence, avec interdiction de quitter le tribunal. On se sent légèrement gêné aux entournures, car on n’est pas détenu, non loin de là, mais on ne peut plus bouger comme on l’entend…, ça c’est le premier sentiment que l’on ressent. Mais imaginons que les choses se compliquent, et qu’un mandat est délivré, envoyant directement l’intéressé en détention. A part les délinquants professionnels habitués à ce genre de situation, tout quidam normal perd tous ses repères lorsqu’il devient détenu. Il prend alors conscience que, ce qui lui paraissait jusqu’à présent normal, ne l’est plus. En détention, la vie est rythmée selon des codes immuables : contrairement à ce que d’aucuns pensent, ce n’est pas une sinécure ; être logé, nourri, blanchi gratuitement aux frais de l’Etat est certes une bonne chose (surtout pour certains délinquants sans domicile fixe), mais les contraintes, nombreuses, relativisent très vite la situation. Toutefois, le commun des mortels s’y fait assez rapidement, car il s’agit d’une communauté qui vit en vase clos, un peu à l’image de la société normale. Les personnes aisées bénéficient de certains égards et privilèges, celles qui ne le sont pas subissent le quotidien d’un détenu. Mais en prison, on lit aussi (des bibliothèques existent dans certaines prisons), on fait du sport, (dans des locaux qui feraient envie à bien des associations de quartier), et on peut également s’instruire, passer son bac ou des diplômes plus élevés. Certaines cellules ont la télévision, d’autres des radios, et les détenus sont donc au courant de l’actualité extérieure. Vient alors le jour où le détenu est convoqué, soit pour un procès, soit pour d’autres interrogatoires. Une journée infernale commence, dès l’aube, car les transferts de prisonniers se font avant que la ville ne s’éveille, pour des raisons de sécurité. Arrivé au tribunal, l’intéressé est parqué dans une minuscule cellule/cage située au sous-sol, et il attend que le juge le convoque… avec interdiction de parler ou  d’avoir un livre. Et ça va durer tout la journée pour deux raisons : d’abord les magistrats instructeurs ne commencent leurs audiences que vers midi. Le prévenu peut être convoqué à midi trente,…ou à 18h, c’est selon sa chance. Ensuite, il n’y a qu’un seul voyage de retour vers la prison, lorsque tous les inculpés auront été entendus. Pour peu qu’un juge prolonge une audition jusqu’à une heure du matin, alors tous les autres détenus resteront dans leur cage jusqu’à cette heure tardive. Et c’est dans ces moments précis que souvent trotte dans la tête de ces personnes qui attendent, une petite idée pernicieuse: «Vivement qu’on me ramène en prison»…, car derrière l’enceinte et les hauts murs, on a pris ses habitudes, on a son café, son réchaud, ses  victuailles, ses livres… On a sympathisé avec les «matons» (gardiens de prison), tissé des relations avec d’autres emprisonnés, et on se sent comme dans une grande colonie de vacances pour adultes. Réveil, ménage, petit-déjeuner, activités diverses, déjeuner, sieste, promenade, dîner… et dodo avec extinction des feux vers 23h. Donc, tout en ne souhaitant à personne de vivre ce genre d’expérience, il paraît utile d’informer les citoyens sur la réalité du milieu carcéral. Comme le définissait un responsable de prison, «la principale sanction est la privation de liberté ; ensuite, les détenus sont des citoyens ordinaires avec tous les droits normaux afférents à cette qualité : voter, se marier, étudier, se faire soigner, etc.», dans la limite des impératifs de sécurité. Et parfois, grâce à cette politique, on observe de plus faibles taux de récidive dans le crime, et parfois même des réinsertions remarquables au sein de la société.