Davantage de volontarisme pour 2004

Les Marocains en veulent à la politique économique. Depuis des années,
on leur propose des objectifs multiples, des recettes successives… Et chaque
fois, soit le but est partiellement atteint, et on leur explique que ce n’était
pas le vrai problème, soit il ne l’est pas, et la responsabilité
est renvoyée sur eux.

Comment l’économie nationale entame-t-elle la nouvelle année ? Cela va mieux, certes. Pas bien encore, mais mieux. Les «indicateurs» les plus divers nous le susurrent depuis quelques temps déjà : quelques points de croissance en plus, une rupture du cycle de sécheresse, un sursaut de production industrielle, un petit bourgeon de consommation. Des signes positifs que les initiés commencent à percevoir. Mais les indicateurs économiques sont incapables de faire ressentir aux citoyens les frémissements de la conjoncture. Ils veulent des preuves, des améliorations dans leur vie à eux. Le dernier rapport sur le développement humain est venu rappeler le long chemin qui reste à parcourir pour combler tous les déficits en biens collectifs, réduire les écarts qui nous éloignent de la norme des pays d’égal niveau de revenu, améliorer notre classement dans la hiérarchie des nations. Des indicateurs sociaux qui ne plaident pas suffisamment en faveur d’un progrès réel et irréversible.
Contrairement à l’idée complaisamment entretenue, l’économie n’est pas enlisée dans une crise insurmontable : elle va tantôt mieux, tantôt moins bien et, en tout cas, elle change. De grandes mutations affectent notre société : l’ouverture du marché, l’environnement des décideurs, les attentes d’une population motivée par l’aspiration à la mobilité sociale. Tout processus de mutation est porteur de risques et d’opportunités. Ce sont les risques plus que les chances qui retiennent l’attention des observateurs. On évoque l’angoisse des salariés et des travailleurs indépendants, la persistance des exclusions de toute nature, la dilution des solidarités. On prête moins d’attention au goût d’entreprendre, à la volonté de changer de statut social, aux explorateurs des nouvelles voies, aux succès des risqueurs. De cette dynamique ambivalente, on retient que certaines politiques piétinent, d’autres tardent à produire des effets. Un décalage se manifeste entre l’annonce des réformes et l’effectivité de leur mise en œuvre. Il est perceptible dans l’inertie des structures économiques, les pesanteurs des mécanismes institutionnels et la rigidité des comportements des acteurs. Comme si le temps de la longue durée s’imposait pour négocier les adaptations.
C’est ce qui explique que les Marocains en veulent terriblement à la politique économique, avec de solides raisons. Depuis des années, on leur propose des objectifs multiples, des recettes successives – venir à bout de l’inflation, redresser les comptes extérieurs, restructurer l’économie, mettre à niveau l’entreprise, réduire les déficits publics, créer des emplois…Et chaque fois, soit le but est partiellement atteint, et on leur explique que ce n’était pas le vrai problème, soit il ne l’est pas, et la responsabilité est renvoyée sur eux : trop conservateurs, trop protégés, trop passifs, tout y passe. A l’aube de cette nouvelle année, la gent des experts vous répétera que la réponse pour un décollage effectif est une politique de forte croissance qui avoisinerait, à la décimale près, les 5,8%. Dixit le Plan. Elle aurait comme exigence un taux d’investissement qui s’approcherait de 25% du PIB. Un taux préconisé par le modèle nec plus ultra formalisé par je ne sais quel respectable département. Et pour boucler la boucle, une totale maîtrise de cette bête immonde qu’est l’inflation qui perturbe les anticipations des ménages et des entreprises.
Oui, mais tout ce chiffrage a-t-il vraiment un sens ? Ne pensez-vous pas que le plus important est que le gouvernement retrouve les moyens d’action monétaires, budgétaires, mais aussi structurels à travers des capacités de pilotage stratégique. Ne devrait-on pas réclamer plus de volontarisme politique. Il ne s’agit pas d’une plus forte intervention de l’Etat mais d’un Etat efficace qui, sans briser le dynamisme des entreprises, s’acharne à promouvoir un enseignement de haut niveau, une réorganisation du système de santé, une amélioration de la qualité des services publics. Vous me direz qu’il faut de l’argent pour que l’éducation éduque, que la santé soigne et que l’environnement soit propre et agréable. Où le trouver ? L’impôt ? Il est déjà élevé. L’emprunt ? Son seuil est presque atteint. Alors ? La réponse est dans le renforcement de la crédibilité des institutions. La croissance ne peut être recherchée exclusivement dans l’accumulation du capital, fut-il physique, humain ou technologique, mais bien dans les institutions qui la sous-tendent. Pourquoi ? Parce qu’en faisant respecter les règles du jeu économique, les institutions motivent les agents à s’engager dans les activités productives qui soutiennent la croissance économique.