Darijatouna

Un enseignant de langue arabe des années 1980, actuellement à la retraite, rencontre providentiellement deux de ses anciens élèves, aujourd’hui journalistes quinquagénaires. Après les salutations d’usage, ils s’invitent à prendre un café ensemble. Et le prof retraité de déclarer sa fierté de lire souvent ses élèves et de les entendre parler à la radio. Puis le vieil homme change de ton en reprochant à ses élèves d’être pour l’usage de la darija en tant que langue d’enseignement. Pour le prof, la darija a toujours été la langue d’enseignement. Vous vous souvenez avec quelle langue je vous expliquais le “nahou”, le “sarf”, le ‘‘tarikh” et tout le reste ? M’adressais-je à vous en langue de qoraych ? On faisait pratiquement tout en darija sauf quand il s’agissait d’écrit. La langue arabe elle-même on la décortiquait en darija et je ne crois pas que pour autant le parcours des générations que nous avons encadrées ait été affecté. Ils étaient parfaitement bilingues, voire trilingues, sans jamais rien rater de l’évolution de leur darija, qu’elle soit «soft» ou «souqia». Et c’est finalement vrai ce que dit l’oustad.
«Nod letablo ou goul lina achna houa lmodakkar ou lmoannate», c’est comme cela qu’il leur parlait à ses élèves et non comme l’aurait fait Abou lahab : «Inhad ila sabborati wa qol lana ma houa almodakkar wa ma houa almouannate». Donc prétendre que le niveau et la qualité de notre enseignement seraient liés de près ou de loin à l’usage de la darija est un faux débat. Même en 2015, le prof d’arabe de 1980, fait ses reproches en darija ! C’est la langue spontanée de tout Marocain, fût-il fqih ou enseignant d’arabe classique pendant toute sa vie n